Féru de musique live, passionné de rock, Ismaël El Iraki a fondé une société de captation de concerts. Après avoir étudié la réalisation à la Fémis, il s’est installé et vit entre Casablanca et Paris. Présenté à la Mostra de Venise, Zanka Contact est son premier court-métrage. Il raconte l’amour, comment on se répare, et comment on survit aux événements traumatiques qui croisent notre chemin.

Ancienne rock star, Larsen Snake (Ahmed Hammoud) revient à Casablanca, sa ville natale. Il y rencontre Rajae (Khansa Batma), travailleuse du sexe. Ensemble, ils vont vivre une histoire d’amour explosive dans les ruelles d’une Casablanca incandescente. Poursuivis par leur passé, ils fuient à travers le désert marocain, à la manière de Thelma & Louise, ou de Sailor & Lula, empreints des réminiscences des westerns américains. C’est l’histoire de survivants, et de leur destinée.

© UFO Distribution

Casablanca, écosystème de musique et de violence

Vêtu d’un perfecto serpent, Larsen Snake écume les ruelles du Quartier Cuba, à la recherche d’héroïne à s’injecter dans le cou. Avec Rajae, qui se prostitue dans un bordel, ils se rencontrent au détour d’une rue et d’un accident de voiture comme provoqué par le destin. Comme deux âmes sœurs, ils sont aimantés l’un envers l’autre dans un Casablanca hollywoodien.

Loin des clichés, Ismaël El Iraki représente sa Casablanca : une Casa qui brûle, tel un incendie, nourrie de la scène rock marocaine des années 70. Il y représente l’écosystème des quartiers populaires casaouis, ses paradoxes, les liens sociaux qui s’y créent, ceux-là même qui peuvent détruire ses habitant.es. Ici, Saïd – le proxénète de Rajae – l’enferme autant qu’il la protège. Et parfois Casa a des airs de Moulin Rouge. Mais c’est aussi un Maroc tout entier qui fricote avec les westerns américains : c’est le désert traversé à moto, en veste en cuir. C’est la fuite de Rajae et Larsen Snake, pour échapper à leurs démons et à leurs détracteurs. C’est un désert traversé dans de vieux tacots, où ils s’arrêtent chercher refuge chez une ancienne du bordel de Rajae, qui a fui pour échapper à la violence de sa vie casaouite.

Ismael El Iraki donne à voir un Maroc aux multiples facettes, avec une belle référence à son amour pour la musique et notamment le rock, qui l’a mené à être présent au Bataclan le soir du 13 Novembre. Alors au creux de l’underground marocain, sa symphonie musicale et ses influences hollywoodiennes, l’incendie du film, ce sont surtout les traumatismes qui consument Rajae et Larsen Snake.

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Aimer et survivre

Larsen et Rajae s’aiment envers et contre tout. Larsen est un camé filiforme, qui emprunte aux codes de la féminité tandis que Rajae incarne une femme forte et guidée par l’envie de vivre. Si son personnage verse parfois dans le cliché de la femme forte car blessée, on est emporté.es par la présence et la voix de Khansa Batma, son interprète. Les passés de Rajae et de Larsen ont en commun le traumatisme : ils racontent en toile de fond les féminicides et les violences sans relâche que les hommes infligent aux femmes. Ils racontent les conséquences et les victimes directes et indirectes d’un système patriarcal qui se nourrit de la violence des hommes.

Seul regret ; Ismael El Iraki fait raconter le viol collectif de Rajae par son proxénète : on aurait aimé un récit fait par la principale intéressée, qui aurait pu donner des couleurs à son personnage. Et lui donner la parole.

Petit à petit, l’incandescence du film n’est pas uniquement celle de leur amour, c’est aussi celle des flashs, des traumas ancrés dans leur mémoire. Ismael El Iraki dresse des ponts entre les traumatismes et donne une belle représentation de leur manifestation. Zanka Contact est l’histoire folle de deux survivants qui déjouent le destin sous la chaleur brûlante d’un ciel marocain.

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Zanka Contact (Burning Casablanca), d’Ismael El Iraki sortie le 3 novembre 2021.