L’actualité sociale ne pouvait être plus en phase avec ce que nous propose, jusqu’au 28 janvier 2018, la Monnaie de Paris. Si Harvey Weinstein et certains de ses congénères bafouent l’identité de la femme, le musée parisien, lui, revient sur la longue construction d’un art féminin avec l’exposition « Women House ».

Dans huit pièces, organisées comme des chapitres, se détachent plusieurs modélisations de l’habitat comme l’imaginent les artistes femmes. Du début des années 70 à nos jours, elles l’ont caractérisé de prison, de lieux permettant retrait et tranquillité (Virginia Woolf, Une chambre à soi), elles l’ont associé à leur propre corps, l’on libéré de ses fondations et y ont jeté les bases d’une organisation nouvelle…

G : Francesca Woodman, Space 2 , Providence, Rhode Island , 1975–1978/2000–2001, Tirgae gélatino argentique noir & blanc sur papier Barité. 25.2 x 20.2 cm Edition: 26/40, © George and Betty Woodman, New York / The SAMMLUNG / VERBUND Collection, Vienna (détail) – D : Cindy Sherman Untitled Film Still #35, 1979 Tirage gélatino-argentique noir & blanc 40,3 x 31,4 cm Courtesy of the artist and Metro Pictures, New York

Une exposition hommage

La place des femmes en art a longtemps été annihilée. L’art étant un fait de l’esprit, il ne regardait en aucun cas celles qui devaient s’occuper de leur intérieur avant tout. La femme, la mère, symbole de la famille, se devait d’en prendre soin. Cette idée d’une distinction du dehors réservée aux hommes et d’une obligation de la femme à s’intéresser aux affaires domestiques s’est clairement exprimée dès la Révolution Française. En 1789, les femmes participent aux combats émancipatoires de la République et clâment l’égalité des droits entre tous les citoyens et toutes les citoyennes (Voir Olympe de Gouge, Déclaration de la femme et de la citoyenne, 1791). Il a pourtant fallu plus de deux siècles à nos aînées pour vaincre les distanciations arriérées des groupes politiques et obtenir le droit de vote (1945 pour la France). Les mentalités évoluant lentement, les religions et les moeurs n’aidant pas, la place des femmes dans l’art dûe se faire en empruntant d’autres biais que ceux autorisés de bonne grâce par l’état. En 1972, Miriam Schapiro et Judy Chicago, co-directrices du projet de Programme d’art féministe de l’Ecole des Arts de Californie  (CalArts) n’avaient pas de locaux pour donner leurs cours. Elles ont alors décidé d’investir un bâtiment laissé à l’abandon, sur le point d’être démoli. Avec 25 femmes artistes, elles ont occupé la maison pendant plusieurs mois, faisant de chaque pièce une œuvre d’art. Cette période correspond aux prémices de la législation en faveur des femmes (droits à l’avortement, à la contraception, à l’éducation…) et le monde de l’art n’y échappe pas : la marche vers l’équité est lancée.

 

 

G : Andrea Zittel (b. 1965) A – Z Escape Vehicle Owned and Customized by Bob Shiffler , 1996 Metal, dispositive électronique, climatisation, isolation, bois, verre, eau et sel 152.4 x 101.6 x 213.36 cm pièce Unique © Andrea Zittel, courtesy Sadie Coles HQ, London – D : Laurie Simmons, Walking House, 1989 Impression numérique 163 x 117 cm Courtesy of the artist and Salon 94, New York Private collection, NYC

 

La femme et la maison, une place décisive

« L’égalité politique des deux sexes, c’est-à-dire l’assimilation de la femme à l’homme dans les fonctions publiques, est un des sophismes que repoussent non seulement la logique mais encore la conscience humaine et la nature des choses […] La famille est la seule personnalité que le droit politique reconnaisse […]. Le ménage et la famille, voilà le sanctuaire de la femme. » (Le Peuple, 12 avril 1849).

La femme était assignée au domaine de l’intérieur et ne pouvait s’en dérober. Dans les années 70, elle a décidé de s’en emparer et de dénoncer par elle, avec elle, sa condition. L’exposition proposée à la Monnaie de Paris a été pensée lors de l’élaboration de « elles@pompidou », grande manifestation d’art féministe en France donnée en 2009. Les commissaires (Camille Morineau et Lucia Pesapane) y ont vu surgir la thématique de l’espace domestique, commune à plusieurs artistes. Interdites aux affaires du dehors, obligées à celles du dedans, elles ont fait de leurs chaînes une revendication. Francesca Woodman se met en scène dans des intérieurs où les murs l’absorbent, Carla Accardi les transposent en de nomades matières, Rachel Whiteread place ses pions, Monica Bonvicini détruit les murs…

Premier accrochage dans les nouveaux espaces de la Monnaie de Paris, « Women house » promet de revenir sur les pièces phares qui ont forgé l’art féministe. On y retrouve Helena Almedia, Francesca Woodman, Cindy Sherman, Niki de Saint Phalle, Valie Export, Louise Bourgeois, Mona Hatoum, Elsa Sahal… Des pièces souvent drôles qui rappellent l’absurdité des inégalités et qui claironnent que le chemin est encore long à parcourir. Message social qui se fait emblématique dans une institution où l’on frappe encore la monnaie. D’objet domestique, les femmes sont devenues objet sexuel, mais ça, c’est presque une autre histoire…

G : Zanele Muholi, Katlego Mashiloane and Nosipho Lavuta, ext.2, Lakeside, Johannesbourg, 2007, Tirage Lambda, 76,5×75,5cm crédit Zanele Muholi. Courtesy Stevenson Cape Town et Johannesburg – D : Martha Rosler, Woman with Vacuum, or Vacuuming Pop Art de la série/from the series: Body Beautiful, or Beauty Knows No Pain, 1966-72, Photomontage imprimé en numérique. Coll. Privée Paris. Courtesy of the artist

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« Women House », jusqu’au 28 janvier 2018
Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, 75008 Paris
Plein tarif : 12€ / Tarif réduit : 8€

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.