« Dans mes séries, je voulais montrer des moments qui ne sont pas réels mais qui ont existé. Ce n’est pas notre façon de voir le monde, mais elles sont vraies. Je les place juste dans un ordre différent ».

Wolfgang Hildebrand est un artiste allemand. Né en 1969 à Hambourg, il étudie la communication et le design, pour finalement travailler comme directeur artistique. Il monte alors sa propre agence de pub, qu’il dirige, puis revend, quelques temps plus tard. Depuis 2012, il vit de sa passion, la photographie, faisant de la « réalité manipulée » le leitmotiv de son travail.

Moment,  Sometime  et  Before Torrow  sont ses trois séries les plus abouties, celles qui ornent, littéralement, la page blanche et pro de son site internet, ou les murs des galeries dans lesquelles il expose. La ville est son terrain de jeu, la lumière et le temps ses outils les plus précieux. Nous l’avons rencontré, et il a eu la gentillesse de nous expliquer comment, à force de patience et de passion, il arrivait à dompter ces éléments à priori incontrôlables, et ainsi nos offrir ces œuvres lumineuses et renversantes…

Wires
© Wolfgang Hildebrand

Bonsoir Wolfgang. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes et quel est votre parcours ?

Bonsoir. Je suis un photographe/artiste. J’étais directeur de la création mais j’ai démissionné il y a quelques temps. A vrai dire, la photographie a toujours fait partie de ma vie. Donc mon expérience remonte à bien longtemps. Puis la révolution numérique est arrivée… je travaille beaucoup mes images par ordinateur. Et voilà où j’en suis aujourd’hui.

Vous avez donc toujours baigné dans le domaine de l’image et de l’art. Mais au commencement, comment la photographie en tant que discipline s’est-elle imposée à vous ? Comment avez-vous compris que vous vouliez créer, jouer avec la lumière, le mouvement ?

Quand j’étais adolescent (j’ai maintenant 45 ans), je me suis acheté un appareil photo et j’ai beaucoup appris à force de l’utiliser, de faire des expériences etc. Je faisais également beaucoup de dessin, de graphisme et tous ces trucs… A l’époque, prendre des photos était un procédé complètement différent… c’était cher, ça prenait du temps… Alors j’ai voulu travailler en tant que designer. C’est devenu mon boulot, puis une passion. Travailler, toujours, sur l’image. Puis un jour, j’ai décidé que je voulais gagner ma vie en faisant ce que j’aimais vraiment : la photographie. C’est pour moi le moyen ultime pour comprendre comment fonctionne le monde autour de nous. Peut être que j’ai envie de la répertorier, de le documenter. Je ne sais pas vraiment. En tout cas c’est agréable. Et juste. C’est pour ça que je le fais.

Parlons du temps et du monde alors… Il y a quelques années, comme vous dites, il y avait peu de vrais artistes. Être reconnu pour son art relevait du parcours du combattant. En tant que professionnel en 2014, que pensez-vous du fait que tout le monde puisse dire aujourd’hui : « je suis photographe », juste parce qu’il a un appareil et tient un blog ? Est-ce que vous pensez que l’art, la photographie particulièrement, sont en danger, car tout va tout trop vite et tout devient possible ? Ou bien, au contraire, est-ce une réelle opportunité pour tous ceux qui souhaitent s’exprimer par ce moyen ?

D’abord, je ne pense pas que la photographie soit menacée… Oui, tout le monde aujourd’hui peut avoir un bon appareil photo et avec un peu d’entraînement faire de magnifiques clichés. Mais regardez ce qu’il se passe à l’extérieur. Nous générons tous les jours de nouvelles et fabuleuses idées… et il le faut !!! Depuis qu’on est capable de sortir tant et tant d’images, une vraie belle photo ne peut pas être juste un beau coucher de soleil. On a besoin de plus…C’est une des raisons pour lesquelles je prends tant de temps à réaliser un cliché. Alors que tout le monde se précipite pour prendre des selfies et autres instantanés, je sentais que j’avais envie de prendre mon temps dans chaque lieu, pour m’imprégner de l’ambiance et regarder au plus près. Donc ce qui semble être une menace pour certains m’a mené à envisager la photo autrement, vous comprenez ?

Je vois. L’essence de votre travail, c’est de faire les choses doucement, mais sûrement.

Oui, et l’autre aspect important est que j’aime questionner les choses et biaiser. Dans mes séries, je voulais montrer des moments qui ne sont pas réels mais qui ont existé. Ce n’est pas notre façon de voir le monde, mais elles sont vraies. Je les place juste dans un ordre différent.

En parlant de vos séries, vous en avez réalisé trois principales. Moment et Sometime sont différentes de Before Tomorrow. Dans les deux premières, vous jouez avec les lumières, les contrastes et le mouvement. La dernière est plus comme une capture improvisée, avec moins de montage.
Quelle technique utilisez-vous et dans quel contexte ?

J’ai commencé Before Tomorrow il y a bien longtemps. Vous avez raison, c’est plus de la « simple » capture. Mais j’aime la nuit et j’aime montrer ces moments calmes. C’est comme ça que tout a commencé. Je shootais toujours trois ou quatre images que j’assemblais pour que le résultat final donne une grande photo. Ce qui veut aussi dire que si, par exemple, une voiture passait à travers l’image 1, on ne la voyait pas sur les autres.

C’est alors qu’ont débuté les séries Moment, Sometime et le reste… Rien n’est pareil… même pas une seconde. Tout le propos est là. Notre monde est dans un mouvement si perpétuel qu’il est impossible de le figer un seul instant. J’ai commencé Sometime pour retranscrire ce sentiment. Ces endroits sont toujours les mêmes, mais les gens s’y bousculent, sans arrêt. Et puis ils s’en vont, mais l’horloge s’en moque et continue de tourner. La série Moment, c’est le même principe avec plus de technique. Après ces nombreuses heures passées sur terrain, il m’est venu l’idée d’assembler plusieurs moments de la journée afin de montrer le temps sous des angles différents.

Après Moment, avez-vous une autre idée de projet ?

Une ? Pas seulement ! J’ai quelques idées en tête pour la suite. Je travaille en parallèle sur un projet commencé il y a quelques mois sur l’humain en tant que touriste qui ratisse la planète de long en large. Et sur une façon de photographier des objets du quotidien de façon détournée. Mon inspiration peut venir d’artistes comme Andy Warhol ou Gerhard Richter, qui m’accompagnent depuis longtemps, mais je la tire d’un peu partout je suppose. Mais d’abord, je vais continuer à me balader et à chercher d’autres images pour ma série Moment.

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© Wolfgang Hildebrand
Louis Vuitton
© Wolfgang Hildebrand

Retrouvez l’ensemble de son travail sur son site

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Elo, 27 ans, Paris. La photo, les livres, le cinéma. Et voyager bien sûr.