Il y a toujours une forme d’excitation quand on fait les premiers pas d’un festival. L’appréhension palpable qui se dégage des organisateurs du We Love Paris Film Festival se confond avec celui du public qui – curieux des événements – s’apprête à découvrir des oeuvres atypiques qui ne laisseront personne indifférent. Au programme de cette première journée, 2 premiers longs-métrages venus de l’Europe de l’Est qui se démarquent par  leur affirmation d’un cinéma sans concession.

Pretenders de Vallo Toomla.

Pour son premier long-métrage, le jeune réalisateur estonien nous propose un Funny Game inversé. Avec l’histoire de ce couple qui pour sauver les apparences, s’adonne à des jeux malsains et sensuels avec un couple de campeurs, Vallo Toomla inverse les codes du film culte de Michael Haneke. Ici, le danger ne vient pas de l’extérieur mais bel et bien des failles de cette relation qui à la croisée des chemins de leur idylle, use des faux semblants pour éprouver le grand frisson. Jusqu’à ce que le jeu se retourne contre eux. La tension, tout au long du film, se dessine à travers une mise en scène soignée – que ça soit tant niveau de l’image que du son- et une interprétation rigoureuse qui procure au spectateur un sentiment de malaise anxiogène. Avec comme paroxysme, un climax efficace proche du film d’horreur. Dommage que le dénouement ne soit pas aussi maitrisé laissant la conclusion au bon soin du spectateur- via un twist trop maladroit – alors qu’on attendait une résolution plus affirmée. Un premier film convaincant mais qui aurait mérité d’aller au bout de son processus narratif.

Needle boy d’Alexander Bak Sagmo.

Les 10 premières minutes nous promettaient le meilleur.Un jeune homme, revoler en main, s’apprêtait à commettre l’irréparable dans son lycée avant qu’il découvrir que la nature avait déjà scellé le sort de ces camarades dans un accident de bateau. Orphelin de cette haine, le jeune homme va se laisser chavirer dans sa frustration au cours d’une nuit pleine d’excès. Avec comme thème la radicalisation dans le milieu scolaire, Alexander Bak Sagmo souhaitait traiter la bestialité qui sommeille en chacun de nous. Malheureusement il passe à coté de son sujet par un parti pris trop provocateur – et souvent gratuit – qui atténue l’effet miroir escompté. S’inscrivant dans le courant cinématographique danois, Dogma 95, inventé par Thomas Vintenberg et Lars von Trier dans les années 90 qui prône un cinéma dédouané de tous artifices (caméra à l’épaule proche des personnages, narration aléatoire, montage cut), le réalisateur laisse le public sur le banc de touche préférant s’adonner aux séquences « dites dérangeantes ». Il est louable en effet de ne faire aucun compromis dans sa mise en scène – en filmant par exemple des actes sexuels dans leur intégralité pour mieux marquer la perdition de son personnage-  sauf quand celle-ci ne s’inscrit dans aucune narration évolutive. D’autant que le film est parsemé d’idées prometteuses qui auraient pu donner un ton poétique à ce parcours infernal à l’image de cette très belle séquence en boite de nuit où la mort devient une tentatrice sexuelle. À la place, beaucoup de filles nues – comprenant un montage rythmé en gros plan sur une paire de fesses – et un film inachevé qui aurait mérité un peu plus de profondeur.

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