Catherine Cusset nous offre un voyage en apnée dans la vie de David Hockney, de ses périodes bleues à ses périodes sombres, tentant en s’inspirant de ses écrits, de ses entretiens et des nombreux textes publiés sur son œuvre de nous faire découvrir ce personnage extravagant.

C’est un pari osé que de faire un roman sur la vie d’un artiste toujours vivant. Comment inventer ses pensées, ses propos, prétendre que tout est vrai, sans jamais l’avoir rencontré, alors que tout est imaginé… Dès les premières lignes, elle nous prévient : ce n’est pas une biographie, mais une fiction. Et ce n’est pas elle qui s’est emparée de David Hockney, mais plutôt le peintre anglais qui s’est imposé à elle. Une démarche originale quand on sait que l’artiste pourrait la lire.

Une biographie-fiction

Cette biographie fictive, dont les dialogues et les pensées sont imaginés, nous entraîne au début de la vie de ce petit enfant de Bradford, issu d’une famille pauvre. Très vite, il se heurte à l’hostilité de ses parents, au manque d’argent pour acheter du papier, à ce langage inconnu pour sa famille qu’est l’art. Aucun enfant n’est allé à l’université, comment réclamer le droit d’entrer aux Beaux-Arts ?

Doué, à 19 ans, il vendra sa première toile et arrivera à se faire accepter à l’école d’art de Londres, le Royal College. On grandit avec Hockney, on découvre les peintres Picasso et Bacon mais aussi sa découverte du milieu homo de la capitale britannique, qui l’encourage à s’affirmer devant tous, sauf auprès de sa famille.

Une vie bien colorée

De tableau en tableau, on découvre avec l’écrivain ce peintre qui aimait jouer avec les couleurs, les perspectives, avec l’émotion, l’amour, la perte mais aussi les mouvements dans le temps. « Il n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait et de lancer une bombe dans le milieu des critiques. L’Art appartenait aux artistes, pas aux théoriciens. Après tout, il avait toujours avancé à contre-courant. Et il n’avait rien contre le scandale, qui attirait l’attention sur son travail ». Avec finesse, Catherine Cusset décrypte la genèse de ses nombreuses toiles, aujourd’hui devenues célèbres.

Le début de sa « vraie vie » commence lors de son premier voyage à New York. Cette ville où tout est possible. Un vent de liberté souffle sur la communauté gay. Festif, créatif, Hockney y puise son inspiration. Il ne quittera plus les Etats-Unis. Il y rencontre à l’UCLA, l’université dans laquelle il donne des cours, Peter.Son premier amour, âgée de 18 ans, quand lui en a 29. Même dans ce milieu gay, infidèle, il croit en l’amour et sait que ça ne peut pas leur arriver. Il introduit Peter dans le beau monde de l’art, travaille à sa première rétrospective. Mais Peter finira par se sentir étouffé par la passion de David Hockney, par son influence et son Art. Il ne se sentira plus regardé. Peter s’en ira, David l’attendra durant deux ans.

Mais très vite, les années Sida le rattrapent. La peur, le stress, la mort déciment la communauté gay, les rejetant encore plus de la société civile. On traverse les chagrins d’amour qui le déchirent. Il déteste les ruptures, et les provoque dans sa peinture.

Catherine Cusset offre une fiction parfaitement exécutée, qui après de nombreuses recherches d’informations donne vie au personnage et à la peinture unique de David Hockney. Précis, percutant, elle raconte avec brio le rapport fusionnel de l’homme à sa peinture.

« Vie de David Hockney », Catherine Cusset, Edition Gallimard, 192 pages, 18,50 euros