Seul, dressé comme un roc sur son cageot de bois, Monsieur Hanta nous raconte. Sous sa loupiote vacillante, les mots se délient, la voix s’engage, le haut du corps s’anime, mais les pieds jamais ne bougent. Monsieur Hanta est ouvrier. Sa presse, c’est comme une extension de lui-même, d’ailleurs quand il partira à la retraite, il l’emmènera pour la poser sous un arbre. Dans son usine, monsieur Hanta recycle les livres censurés par le gouvernement. Tous les plus grands chefs d’oeuvre de littérature et de philosophie sont broyés chaque jour sous ses yeux. En trente-cinq ans, son appétit glouton pour cette littérature illicite lui a permis d’aménager petit à petit sa propre bibliothèque. Chaque jour, il sauve quelques livres quitte à perdre en productivité. Son récit mêle son histoire à la culture qu’il s’est forgé malgré lui, ses anecdotes et ses amours nous font rire autant qu’ils nous émeuvent.

Thierry Gibault, seul en scène livre un personnage touchant et une façon inattendue d’aborder la littérature. Ce texte adapté d’un roman tchèque de Bohumil Hrabal publié clandestinement à Prague en 1976 est un véritable manifeste contre la censure. Dans cette mise en scène aride, l’excellent comédien donne vie à une atmosphère particulière où la mécanique s’allie au surréalisme et la poésie à la grammaire de l’étrange. Abonné aux petits rôles dans les films de Jeunet, on retrouve un peu de cet univers-là dans le ton du spectacle.

 » Si je prenais un bain, j’en tomberais malade, je dois y aller tout doucement avec l’hygiène; parfois, pourtant,quand l’idéal grec de beauté m’envahit, je me lave un pied ou même le cou, la semaine suivante l’autre pied ou un bras, et, quand vient l’époque des grandes fêtes religieuses je me nettoie le torse et les jambes… »

Théâtre de Belleville
Jusqu’au 29 MARS les lundis à 21h15, les mardis à 19h15
 Durée 1h05

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