Qui n’a jamais rêvé qu’on peigne son portrait ? Qu’on écrive un livre à son sujet ? Qui n’a jamais voulu être œuvre ? Liza Fetissova, spécialiste de la photographie (mais pas que) russe (mais pas que), propose cette expérience unique, intense, un brin extravagante, de ne pas être immortalisé par une œuvre mais d’être incarné par une exposition entière. « Une histoire de famille » est l’exposition confidentielle, fondée sur ce concept, qu’elle propose actuellement à Paris, sur rendez-vous dans un appartement privé, jusqu’au 4 avril 2021.

Avec les œuvres de : Pavel Banka, Pater Bock-Schroeder, Alexander Chernogrivov, Alain Cornuanna Danilova, Oleg Dou, Régis Figarol, Vadim Gushchin, Vasya Horst, Maria Kolosovskaya, Dmitry Markov, Sergey Maximishin, Denis Milovanov, Evgeny Mokhorev, Igor Moukhin, Angel De Munter, Margo Ovcharenko, Shunsuke Ohno, Anna Pavlova, Igor Savchenko, Dmitry Sokolenko, Antanas Sutkus, Philippe Tarabella, Danila Tkachenko, Nicolas Tolmachev, Tasya Vasilkova, Ilan Weiss, Dunya Zakharova

Un concept curatorial à contre-courant

Réel portrait psychologique fantasmé, Liza Fetissova cherche à projeter une personnalité sur les murs de son exposition. Elle cherche à retracer une histoire de vie, non pas en une œuvre mais en une multitude de photographies, de peintures, de sculptures. Ce qu’elle propose, c’est d’afficher une personnalité déduite par un entretien, ou une étude, sur des murs déjà habillés, loin de l’idée du white cube. Pour elle, l’analyse artistique d’une personnalité se doit de vivre sur les murs habités par la personne contée. Ainsi, les tableaux aux murs, les sculptures installées par la curatrice, raconteraient l’habitant, livreraient les secrets de sa personnalité : l’interprétation artistique de son être au sein de son cadre de vie.

Vue de l’exposition « Une histoire de famille », Tableau de Vasya Horst. Photo : Emile Rannou

Grâce à ce concept novateur, qui n’est pas sans rappelé les débuts de Hans Ulrich Obrist, ce refus du white cube propose une expérience unique. Dans l’exposition « Une histoire de famille », l’appartement est gardé en état, identique à ce qu’il fût toujours, figé dans le temps : les chambres des enfants sont intactes, alors qu’ils ont grandis, vieillis, qu’ils ont depuis habités d’autres espaces à leur tour ; la chambre mère est également intacte, comme si elle allait arriver d’une minute à l’autre pour tirer sur le drap et l’aplanir. Pourtant, la chambre est figée : elle ne reviendra plus. Personne ne vit plus dans cet appartement si ce n’est le potentiel fantôme de la mère récemment décédée.
Cette personne, Liza ne l’a pas rencontrée. Alors, pour pouvoir créer son exposition, pour pouvoir recréer une personnalité, une vie possible de la défunte, elle s’est imprégnée de cet appartement typique des années 1970, figé dans le temps comme peuvent l’être les habitations des personnes âgées de nos jours. Ainsi, pour proposer des œuvres et une scénographie elle a étudié ce qui constituait ce témoignage d’une vie passée : les odeurs, les objets de décoration, les vieilles photos aux murs…

Cette exposition incarne la vie possible et fantasmée de cette personne décédée. Cela représente les souvenirs dans le salon, c’est les rêves masculins dans la chambre du fils…
Les diverses œuvres exposées sont comme autant de parcelles de vies, de transcription d’une personnalité, qui ne lui appartiennent pas vraiment mais qui aurait pu possiblement la composer.

De la personnalité à l’exposition

L’exposition s’est construite comme un dialogue entre les artistes que représente Liza Fetissova et les souvenirs, archives, traces de la précédente habitante du lieu.

Ainsi, moins qu’une exposition c’est la découverte d’une intimité autour d’un thé. C’est évoluer au milieu de souvenirs, dans un autre monde, isolé du temps dans cet appartement pourtant étrangement familier grâce à sa typicalité. Une exposition singulière qui se visite seul, une expérience à faire, une exposition comme on raconte une histoire. Un fil tissé par Liza grâce aux œuvres qu’elle propose à la vente.

Vue de l’exposition « Une histoire de famille », Le Salon. Photo : Emile Rannou

Il y a quelque chose qui s’apparente aux Moires dans cette exposition. Selon la mythologie grecque, Clotho (« la Fileuse »), Lachésis (« la Répartitrice ») et Atropos (« l’Inflexible ») ont tissé le fil de la vie, l’ont déroulé, puis l’ont coupé, laissant ainsi un appartement figé et empli de souvenir. Liza Fetissova, grâce aux œuvres, imagine et déroule un fil parallèle à celui qui a été.

Bon à savoir : la curatrice ne propose pas ce concept d’expositions en appartement uniquement aux fantômes et autres esprits, mais propose ses services aux particuliers suite à un entretien préalable dans le but de cerner la personnalité.


« Une histoire de famille »

Jusqu’au 04 avril
Paris

Sur rendez-vous
Réservation : +33 (0) 6 63 20 23 33 ou liza@lizafetissova.com

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