Dans ce roman, Jeanine Cummins revient sur un fait divers un peu particulier, l’assassinat de ses deux cousines auquel son grand frère Tom assiste. Un roman sur et à la mémoire de Julie et Robin Kerry, mais aussi un roman sur ce que fait à une famille un tel événement. 

La 4 avril 1991, à la suite de vacances familiales à Saint Louis, alors que le jeune Tom Cummins et ses deux cousines, Julie et Robin Kerry, se rendent sur le pont Old Chain of Rocks pour observer le poème que Julie a taggué sur ce pont, les trois cousins sont brutalement attaqués par quatre individus. Les deux femmes sont sauvagement violées et assassinées après avoir été précipitées du haut du pont, suivies par leur cousin Tom qui par miracle en réchappe.

Jeanine Cummins rend hommage à ses cousines et à son frère dans ce récit poignant, écrit comme un roman, où elle tient elle-même un rôle.

Un fait divers familial

Julie, 20 ans, et Robin, 19 ans, sont deux jeunes femmes militantes, engagées autant pour l’écologie que pour les droits civiques, Julie est une jeune poète brillante. Tom Cummins est un jeune homme, un peu mal dans sa peau, qui a trouvé sa vocation chez les pompiers et de la confiance en lui auprès de sa cousine Julie. Jeanine Cummins qui écrit son livre à la 3ème personne et se nomme sous son surnom « Tink » décrit avec tendresse les liens qui unissent sa famille.

« Cette semaine à St Louis avait vraiment été bonne à tout point de vue. Les enfants Cummins appréciaient beaucoup de séjourner chez les parents de leur mère et de retrouver tous leurs cousins des deux côtés de cette famille pléthorique. Mais avant tout, Robin, Jamie, Tink, et Kathy avaient bâti leurs amitiés en s’inspirant de celle de Tom et Julie. »

Ce qui se passa sur ce pont, Jeanine Cummins le raconte avec précision, elle décrit l’horreur et le calvaire qu’ont vécu ses deux cousines et son frère aîné. Le viol sauvage des deux jeunes femmes et la longue apnée dans le fleuve Mississippi prennent aux trippes à la lecture. C’est un devoir de mémoire mais c’est aussi un témoignage poignant qu’elle livre, pour ses cousines et pour son frère qui est jeté dans la boue par les médias et par les policiers à qui il confiera son calvaire.

« – Je… je ne leur ai rien fait. Ce sont mes cousines…, bredouilla-t-il. Guzy explosa. Il frappa brutalement le petit bureau du plat de ses mains et se leva d’un bond. […] – J’en ai plus qu’assez de ton petit-numéro-de-gamin-innocent, cria-t-il. Personne n’est dupe. Tu es un menteur, alors tu ferais bien d’arrêter cette comédie, sale tordu de merde. Guzy avait contourné le bureau pour venir se placer derrière le chaise de Tom en lui hurlant aux oreilles. »

La douleur d’une famille

C’est un fait divers mais c’est une tragédie familiale, et l’autrice analyse et décortique ce que la violence policière a fait à son frère et à sa famille. Il y a sa tante Ginna, la mère de Julie et Robin, dont la tristesse n’a d’égal que sa confiance en son neveu que la police et les médias accusent sans relâche. Il y a les parents de Kay Cummins, qui le soir du meurtre accueillaient chez eux les cousines et leurs petits enfants. Et il y a Tink (Jeanine Cummins) qui a 16 ans et qui refuse de s’alimenter à la suite du drame.

« Ginna secouait la tête, sous le choc. Tout cela était si irréel, si bizarre, qu’elle ne semblait même pas capable de récapituler mentalement les événements. A quelques rues de chez elle, son frère Gene était lui aussi assis dans une maison sombre qui ressemblait beaucoup à la sienne, sans son fils. Tommy était en prison. Et elle était là, dans sa propre cuisine vide, éclairée par une unique ampoule pendue au-dessus de la gazinière, sans ses filles. »

Jeanine Cummins rend hommage au combat que sa famille a continué de mener pendant des années après le meurtre. Face au battage médiatique qui a éclipsé jusqu’au nom de Julie et Robin, ce livre est une tentative de contrer l’oubli des victimes face à l’Histoire fait divers. Mais c’est aussi un récit dans le récit, celui sur la justice américaine et la peine de mort. Tom Cummins cherche un sens à la peine capitale, la famille Cummins aussi. Est-ce un soulagement de voir les tueurs dans le couloir de la mort ?

« Pourquoi voulait-il y aller, au fond ? Voulait-il réellement juste regarder cet homme mourir ? Non. Ce n’était pas le problème. Il n’était pas assoiffé de sang. D’ailleurs, l’idée de regarder l’exécution en direct ne l’avait pas attiré le moins du monde. Elle le révoltait. Il n’avait pas non plus espéré pouvoir tourner la page, ou mettre un point final à cette histoire, ni trouver ce sentiment de réconfort que les survivants d’un drame se persuadent parfois de ressentir en regardant mourir leurs tortionnaires. »

Jeanine Cummins signe un brillant roman sur la douleur, l’injustice et la reconstruction de sa famille autour de la mémoire de Julie et Robin. C’est aussi un très bel hommage à son frère, Tom. « Tu es mon héros, Tom. »

« Une déchirure dans le ciel », Jeanine Cummins (traduit par Christine Auché), Editions Philippe Rey, 368 pages, 21€

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