Silvia Avallone revient avec un roman sur l’amitié adolescente : entre sentiments contrariés et quête d’identité, le quotidien d’Elisa et Béatrice n’est pas toujours joyeux. Le nouveau roman de Silvia Avallone nous plonge dans l’intimité de deux jeunes filles que tout semble opposer et pourtant. 

On est au début des années 2000 dans une petite ville en Italie toujours nommée T. Elisa, fraîchement débarquée, vit seule avec son père, elle est aussi discrète que maladroite. Dans son nouveau lycée, elle va rencontrer Béatrice qui est aussi expansive et sûre d’elle qu’Elisa est discrète et mal dans sa peau. Une amitié étrange et ambiguë va s’instaurer entre les deux adolescentes.

Narré à la première personne des années plus tard, Elisa raconte cette amitié et cette adolescence à T entourée par Béatrice, son père perdu face à sa fille, sa mère absente, son frère drogué.

Deux destins

Lorsque le roman s’ouvre, Elisa désormais adulte contemple celle qui était sa meilleure amie sur la couverture d’un magasine. La jeune Béatrice de T est devenue une célèbre influenceuse que toute l’Italie appelle désormais la Rosetti. Mais quels liens unissent encore les deux jeunes femmes ? La réponse est aucun.

Silvia Avallone nous conte cette amitié aussi destructrice que bénéfique pour deux jeunes filles perdues. Quand elles se rencontrent Elisa est renfermée et studieuse, Béatrice est belle et affirmée. Toutes deux vont se trouver et former ce duo d’amies comme seule l’adolescence le permet.

« Je n’avais jamais eu d’amie. Et je ne me serais jamais aventurée jusqu’à rêver d’une amie comme celle-là, comme SuperBarbie. À présent, elle était assise près de moi : je devais la mériter, je devais le lui dire. »

L’auteure décrit à merveille cette phase de la vie, les amitiés compulsives, les journées à écouter de la musique dans sa chambre, les balades en scooter sur le front de mer dans une ville où il n’y a rien à faire. Elle construit ce duo de jeunes filles sur des différences qui vont les rapprocher sans jamais s’effacer puis faire voler en éclat cet équilibre précaire. Cette faille qui grandit entre elles, c’est internet et l’arrivée des blogs : initiée par le père d’Elisa, Béatrice va y trouver un échappatoire.

« Il faut dire que Beatrice était une créature magique et – comme l’héroïne orpheline d’un roman – je l’avais compris. Elle arrivait d’un conte, elle était descendue sur terre pour me sauver. »

Etre adolescente dans les années 2000

Silvia Avallone n’oublie rien de ce qui nous fait grandir à 14 ans. Elle fait la part belle aux histoires d’amour et aux rivalités, ce garçon qu’Elisa rencontre à la bibliothèque mais qui a déjà une petite amie ou bien le copain de Béatrice qui ne fait rien à part fumer des joints dans son canapé.

Puis il y a leurs familles. Leurs deux mères aussi excentriques l’une que l’autre mais à leurs manières. Il y a la perte du repère féminin, celui sur lequel on se repose adolescente et qu’on imite comme pour se forger soi-même. Ce sont aussi des pères défaillants qui tentent de comprendre et d’apprendre.

« Était-elle réalité ou fiction, cette famille, je ne le découvrirais qu’après. À ce moment-là, j’étais fascinée par tant de beauté. « Enviez-nous », semblaient-ils dire par leurs gestes d’affection et leur gaieté. Les enfants plaisantaient avec les parents, tous étaient amis, à cette table. »

Mais ce roman, c’est aussi une histoire de lutte. Une lutte dans cette amitié bancale pour trouver sa place, se montrer et avoir l’impression d’exister. Quand Elisa trouve sa place dans les lettres et la littérature, Béatrice se livre toute entière au monde d’Internet. Perdues dans cette nouvelle technologie qui révolutionnent les manières de communiquer, celles de se montrer et permet de se réinventer, les deux jeunes filles vont à nouveau être en opposition.

« Ce qui est sûr, c’est que Beatrice fut la meilleure école d’écriture que je puisse fréquenter. Même si elle dit partout aujourd’hui que lire est une perte de temps, qu’elle a un empire à diriger et que les romans ne sont que des bêtises. Elle ment. Comme je mentis aussi. Et rien n’est plus érotique que le mensonge. »

Comme dans ses romans précédents, Silvia Avallone écrit l’adolescence avec sensibilité mais aussi avec un regard acéré sur la difficulté d’être ado. Ce roman contient autant sur le monde d’avant les réseaux sociaux que sur la lutte qu’incarne le fait de grandir.

« Une amitié, Silvia Avallone (traduit par Françoise Brun), Editions Liana Levi, 528 pages, 23€