Jusqu’au 29 aout, dans la galerie 4 du centre Pompidou, s’amassent des œuvres bricolées. L’arte Povera offre brièvement la richesse de ses productions. Par le cycle « Un art pauvre », le centre Pompidou rend hommage à un mouvement poétique, en marge des revendications consuméristes.

Le centre Pompidou s’est employé cette année à rendre hommage au « pauvre » dans la création. Ce terme traité de mille façons dans l’histoire de l’art est passé de figuration à abstraction, a couvert les matières et a transcendé les formes. C’est dans cette mouvance que le cycle invite les arts plastiques, avec une exposition autour du mouvement de l’Arte Povera, mais aussi la musique, le design, le cinéma expérimental, le théâtre et la performance.

L’Arte Povera

L’Arte Povera (l’art pauvre) est né dans les années 70 en Italie, en réponse à une production assujettie à la technologie, au progrès, à la consommation. L’identité s’efface, le vouloir plus, le produit fini s’exclut au profit du processus, de la création elle-même. Si l’opposition nature/culture déchire depuis des siècles le cœur des hommes, les artistes de l’Arte Povera se rangent sans conteste aux côtés de Jean-Jacques Rousseau qui défendait un retour aux sources loin de toutes formes culturellement construites. L’appropriation est impossible quand la liberté et l’indépendance sont érigées en maîtres.

« La complication visuelle, non directement liée à l’essence de l’objet est rejetée. Le caractère empirique et non spéculatif de la recherche est exalté, ainsi que les faits réels, la présence physique d’un objet, le comportement d’un objet » avance le critique Germano Célant qui a donné son nom au mouvement. La prise du réel, la présentification, l’utilisation de matériaux, la récupération et la mise en exergue du sensible sont les points d’ancrage de ces artistes dit « pauvres ». Mouvement historique à la philosophie perceptive différente, les œuvres issues des collections du musée qui sont ici présentées sont magnifiques. Bien que difficiles d’accès, elles témoignent de réelles modifications du système artistique des années 60.

Un art pauvre
A droite : Pino PASCALI Le penne di Esopo [Les plumes d’Esope] 1968 profondeur: 35 cm diamètre: 150 cm Plumes de dinde, laine d’acier tressée montées sur planche de bois Collection Centre Pompidou, mnam /cci © droits réservés – A gauche : Giuseppe PENONE Soffio 6 [Souffle 6] 1978 158 x 75 x 79 cm Terre cuite Collection Centre Pompidou, mnam /cci © Centre Pompidou/Dist. RMN-GP © Adagp, Paris 2016

Une exposition complexe aux pièces magistrales

Les deux salles regorgent des noms magistraux qui ont porté le mouvement. Guiseppe Penone, le romantique à la production où s’entremêlent force de la nature et gestuelle humaine, ouvre l’exposition avec un gigantesque dessin à l’encre de Chine. Liage de nature dépouillée et de ruines antiques, son trait vif se pose sur les problématiques centrales du mouvement. La terre cuite de Fontana, les combustions de Burri, les paillettes de Pistoletto interrogent la spécialisation du matériau brut, sa transformation par la main de l’homme. Les plumes d’Esope de  Pino Pascali ainsi que le Tigre de Mario Merz rappellent notre ancrage au monde des vivants, notre affiliation au cycle de la vie. L’installation reprise par les photographies d’Emilio Prini, les Sept photogrammes de la lumière de Paolini ou encore le Poing phosphorescent de Gilberto Zorio traite des questionnements sur le temps, sur le rêve, sur le mouvement, sur la perception. L’idée artistique et revendiquée de ce groupe n’était pas seulement d’utiliser des matériaux pauvres, mais bien de placer leurs travaux à un niveau plus essentialiste.

Bidonvilles artistiques où survit la pureté d’un message, cette exposition devra être vue par l’œil averti du visiteur curieux : il fait bon d’être initié pour pouvoir mesurer toute la portée, toute la richesse du manifeste. La tautologie, l’écriture, la parole, l’énergie vitale, l’animalité, l’abri, autant de thématiques questionnées par ces artistes que d’œuvres présentées ici. Néanmoins, si le propos de l’Arte Povera est compliqué à enserrer, un effort a été fait sur les cartels développés. Ils précisent ce qu’il est primordial de comprendre. Le tissage entre cette période bornée de 1964 à 1974 déborde sur la production d’aujourd’hui. Avec les œuvres contemporaines de Raphaël Zarka et de Petra Noordkamp  la filiation, l’emprise et l’influence de cet art si riche est toujours bien présent.

MANZONI
Piero MANZONI Achrome 1959 140 x 120,5 cm Kaolin sur toile plissée Collection Centre Pompidou, mnam /cci © Adagp, Paris 2016

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« Un art pauvre », Centre Pompidou,
Galerie 4 niveau 1
Jusqu’au 29 août

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