Baigné dans l’imagination de la narratrice, ce roman de Aimee Bender est une transformation et un envol. C’est le récit d’une recherche tendre et cruelle à la fois. 

Francie a 8 ans lorsqu’elle est contrainte d’aller vivre chez Tante Minnie en Californie à cause de la dépression de sa mère. Une nouvelle vie s’ouvre pour la jeune fille, entourée par une famille aimante. Malgré tout, le spectre de son enfance et de sa mère, avec qui elle garde autant que possible le contact, la hante.

Adulte, Francie plonge dans ses souvenirs, dans les évènements qui ont marqué sa vie pour se découvrir.

Trois objets, trois évènements

Pour se trouver, Francie décide de construire son havre de paix, son espace de réflexion sur le balcon de son appartement, une tente pour se trouver et se rassembler, avec la complicité de sa cousine, Vicky. Même si elle a vécue dans une famille équilibrée, avec l’amour de sa tante Minnie, de son oncle Stan et de sa cousine Vicky dès le jour où elle est séparée de sa mère, Francie sent la fragilité de sa construction. Sous le prisme d’un scarabée, d’une rose et d’un papillon, elle déroule ses souvenirs.

« Ce qui ressemblait à une flaque d’or était le corps du papillon aux antennes noires et aux ailes rouge et or tachetées de points rouges qui flottait dans l’eau. »

Au fur et à mesure de ses recherches intérieure, Francie pense à ce papillon le soir qui s’est détaché d’une lampe chez la baby-sitter qui l’a accueillie, le scarabée qu’elle retrouve dans son sac lors du trajet en train qui l’emmène vers sa nouvelle vie ou ces roses apparues subitement chez une amie d’enfance. Ces trois « objets » qui se détachent de l’imagination pour rejoindre la réalité. Mais quelle réalité ? C’est ce que semble chercher Francie.

La narratrice se sonde, de façon doucereuse. Cette recherche pousse Francie à se trouver pour mieux renaitre à l’image de ce papillon, ce scarabée et ces roses advenus réel. La fantaisie qui s’invite dans le roman de Aimee Bender aide Francie à elle-aussi se transformer, pour renaître ou peut être juste naître…

« Quand j’étais petite, ma mère me lisait toutes sortes d’histoires, mais ses préférées, qui étaient aussi parfois mes préférées, parlaient toujours d’objets qui prenaient vie. »

A la folie

Il y a aussi de l’inquiétude dans ce roman. La folie de sa mère hante Francie. Elle décrit un monstre qui habite en elle, les longues heures seule dans la cours de récréation où elle cherche à sentir l’espace et son corps dans l’espace, ou bien encore son habitude à se faire enfermer de l’extérieur dans sa chambre la nuit. Ce verrou qu’elle demande à ce qu’on ferme la nuit pour ne pas qu’elle puisse faire du mal aux autres, comme sa mère se faisait aussi du mal, un moyen d’enfermer le monstre qu’elle pense avoir en elle. Alors, la recherche de ses souvenirs l’aide à se libérer de ce verrou.

« Elle m’a dit que voir le loquet du verrou en position horizontale la mettait mal à l’aise, « comme d’être sur un navire en train de couler », a-t-elle affirmé un matin, enveloppée dans son peignoir rose coquillage en me saluant avec un air préoccupé. Mais mon navire était en parfait état. »

Le regard des autres sur sa mère, ses visites à la maison de repos où sa mère vit désormais, ses relations avec sa grand-mère maternelle, c’est la peur de la folie que la narratrice y voit. En même temps loin et proche de sa mère, elle redoute cette maladie qui les a éloignées.

Ce roman est un combat, celui de la narratrice pour se libérer et enfin se trouver.

« Un papillon, un scarabée, une rose », Aimee Bender (traduit par Céline Leroy), Editions de l’Olivier, 352 pages, 22,50€