Après Trancher, Amélie Cordonnier aborde dans son second roman la relation filiale, le rejet d’une mère face à son enfant et la maltraitance maternelle. Magnifié par son écriture, elle signe un livre puissant !

Déjà mère d’une petite fille de 8 ans, Esther, l’héroïne, a accouché il y a 5 mois d’un petit Alban. Auprès d’elle, Vincent, un mari aimant. Dès les premiers mois de sa grossesse, ce qu’elle voulait, c’était retrouver cette fusion et revivre à nouveau cette exclusivité mère-enfant, qu’elle avait tant aimé avec Esther. Mais alors qu’elle est chez le médecin, elle remarque qu’Alban a une étonnante tache noire dans le cou, mais presque invisible. Pourtant, jours après jours, de nombreuses taches apparaissent, tantôt brunes tantôt blanches, parfois plus claires ou plus foncées que les autres. Que se passe-t-il ?

Qui est cet enfant ?

« L’instinct maternel, on ne lui a pas proposé à la conception. Ni même après. D’ailleurs, c’est quoi ». Dès les premières pages, Amélie Cordonnier bouleverse notre lecture et nous plonge la tête la première dans les tourments de son personnage principal. Maman pour la seconde fois, elle rêvait de vivre une maternité heureuse comme pour la première. A la découverte de cette différence sur son enfant, les questions s’enchainent : peut-on ne pas aimer son bébé ? Comment le protéger de son propre rejet ? De sa propre maltraitance ?

L’auteure y aborde un sujet délicat, celui de la maternité, de ses origines mais aussi, de l’acceptation de la différence. De jour en jour, plus son enfant grandit, plus elle le rejette. Et le lecteur plonge avec elle. « Même pour les maisons, on bénéficie d’un délai de rétractation. Cela devrait être pareil pour les bébés. Ou alors on devrait pouvoir les échanger ». A travers ce rejet, elle ose parler d’un tabou : l’instinct maternel. Comment cette femme qui est mère, ne se sent pas mère avec Alban ?

Acceptation de soi

Au fil des pages, elle semble entrer dans la folie, allant jusqu’à oublier de soigner son bébé. Cette folie l’a conduit directement vers la maltraitance. Elle le cache, elle l’étouffe, elle le couvre d’habits pour ne pas qu’on découvre sa différence. « Non, ce qui l’assomme et la dévaste, c’est l’incompréhension et la peur. La peur inavouable de ne pas réussir à aimer cet enfant, ce bébé à la couleur non identifiée, qui n’a rien à voir, mais alors rien du tout avec celui qu’elle désirait ». Très cru, face à cette mère affolée, dévastée, elle y fait même un très beau parallèle avec La métamorphose de Kakfa.

Amélie Cordonnier, grâce à son écriture incisive, décrit avec brio les tourments de son héroïne, sans nous épargner la violence ni la détresse présentes dans son esprit. Aux côtés de cette femme, on voit naitre son envie d’abandon, sa plongée dans la dépression puis le moment où la culpabilité et la honte deviennent une obsession. L’auteure signe un livre puissant qui soulage un tabou, celui de la maltraitance maternelle, sans jamais apporter un quelconque jugement !

« Un loup quelque part », Amélie Cordonnier, Editions Flammarion, 272 pages, 19 euros

Découvrez d’autres livres de l’autrice :