Construite d’après Mais n’te promène donc pas toute nue ! de Georges Feydeau et agrémentée d’extraits de l’oeuvre du dramaturge suédois contemporain Lars Norén, Toute nue, pièce mise en scène par Émilie Anna Maillet, (devait être) présentée au Théâtre Paris Villette jusqu’au 21 mars.

Trouvant dans ce vaudeville le matériel d’une pièce réfléchissant à la nature de la représentation du corps féminin, Émilie Anna Maillet choisi de l’augmenter de textes centrés eux aussi sur l’effritement du couple. Se présente alors devant le spectateur une pièce nébuleuse d’où les mots jaillissent à la recherche d’écho.

Espaces réglementés

Le squelette est celui du vaudeville, simple et efficace. Ventroux, récemment élu député, a soif de pouvoir. S’aidant de sa femme qu’il envoie le représenter lors de nombreuses réceptions, il demeure chez lui à travailler son avenir. Rare député resté à Paris pour l’été, il en profite pour se montrer et reçoit journaliste et opposant politique. Mais alors qu’il n’a pas d’état d’âme à mettre en scène sa vie privée et son couple sans l’assentiment de sa femme, cette dernière va se montrer beaucoup moins sensible à ses vues intéressées. C’est de cette friction entre les sphères politique et intime que vont naitre les tensions propres à interroger le dialogue et la considération de la femme dans l’union maritale. Confrontée aux moyens actuels de communication numérique qui viennent mettre en branle toujours davantage la frontière entre vie privée et vie publique, Clarisse Ventroux transposée à notre époque, doit surveiller chacun de ses gestes pour ne pas nuire à son mari. Cernée par un écran géant qui voit s’afficher par intermittence des collègues de ce dernier en visioconférence, mais aussi par des journalistes avides de scoops, tout cela dans un espace fait de cloisons transparentes, il lui apparaît bien difficile de pouvoir se mettre à l’aise ou même se changer à l’ombre des regards. Elle qui n’a pas la prétention esthétique de rester en costume au cœur de l’été parisien, se retrouve prisonnière au sein d’un huis-clos étouffant.

crédits images : Maxime Lethelier

Tentative d’émancipation ?

Jouant sur les dehors d’un huis-clos à l’orchestration trop bien huilée -on retrouve là les surprises et situations propres au vaudeville- Émilie Anna Maillet via Clarisse Ventroux, va tenter de découvrir les carcans genrés pour parvenir à les ébranler. Femme chassée par les visions masculines elle choisit d’affirmer ce corps, objet de désir que l’on ne saurait dire. Les dialogues de Feydeau montrent là la viscérale incapacité des hommes à nommer hors de leur espace d’expertise et de contrôle. La nudité affirmée de cette femme leur échappe et dans un sens à nous aussi, spectateurs impuissants. La mise en scène a beau permettre à Clarisse de quitter le plateau pour se déplacer dans le théâtre, l’intrigue veille, aidée pour cela par cette équipe de journalistes audiovisuels envahissants dans tous les sens du terme. Ainsi, tout nous rappelle à l’action qui se déroule sous nos yeux sans que nous ne parvenions à établir de liens non-narratifs avec cette comédienne nue au milieu de ces comédiens costumés. Mais l’affirmation de sa présence ne saurait n’être que physique. À plusieurs moments celle-ci prend la parole devant son mari et ses invités, affirmant la liberté de son être non-ajustable avec les idées qu’ils peuvent avoir sur sa personne et son genre. Pour autant, ses saillies orales suivent le même chemin que ses évasions de la scène. L’intrigue surpuissante ne se laisse pas troubler. Et à moins d’avoir une connaissance accrue des textes de Noren, il est tout autant difficile de les distinguer au sein de la mécanique mise en œuvre par Feydeau.

Un espèce de flottement nous gagne en sortant de cette variation. Qu’avons-nous vu exactement, un vaudeville qui réfléchit à la place de la femme après le premier mouvement féministe ? Une mise en scène moderne qui fait feu de tous les procédés actuels pour tenter de créer du lien avec son public ? Demeure l’impression d’un rendez-vous manqué.

Toute nue, Variation Feydeau Norén
Conception, mise en scène dramaturgie Émilie Anna Maillet
Avec Sébastien Lalanne, Denis Lejeune, Marion Suzanne, Simon Terrenoire ou Mathieu Perotto et François Merville (batterie)

Au Théâtre Paris Villette jusqu’au 21 mars