Pour sa quatrième sélection en compétition officielle à Cannes, François Ozon se saisit d’un sujet controversé, celui du suicide médicalement assisté avec son film « Tout s’est bien passé ». Adapté du roman autobiographique d’Emmanuèle Bernheim, il signe un film des plus intimes et brillant, incarné par des acteurs.rices d’une formidable justesse.

Après un sujet fort qu’est la pédophilie dans l’Eglise avec Au nom du Père, François Ozon traite de la mort en choisissant d’adapter le récit autobiographique éponyme d’Emmanuèle Bernheim.

Victime d’un accident cardio-vasculaire à 85 ans, André (André Dussolier) est hospitalisé. Curieux, cultivé, féru d’art, il se réveille alité et diminué et dans un état qui le prive de continuer. Ne supportant pas son état, il demande alors à Emmanuèle de « l’aider à en finir ». Et alors que le suicide assisté est puni par la loi en France, elle va répondre à sa requête – plus ou moins aidée par sa soeur – et ainsi accompagner son père à mourir dans des conditions dignes en Suisse.

François Ozon parle de la façon dont on aime les gens, de l’amour parental et de sa cruauté et de la misère de la vulnérabilité.

©CaroleBETHUEL-MandarinProductionFoz

Amour et intimes

« Tout s’est bien passé » n’est pas seulement l’étendard d’un discours politique en faveur du suicide médicalement assisté. C’est aussi l’histoire des intimes. Celui d’Andrée, un homme qui ne supporte pas de se voir diminué après son AVS. Mais aussi celui d’Emmanuèle, partagée entre le souvenir d’un mauvais père et son sentiment de devoir envers lui.

A la façon d’un journal de bord, on suit toute la démarche vers la mort d’André. Entrecoupé de flashbacks, André y est dépeint comme un homme dur, peu aimant, qui ne considère ni ses filles ni sa femme, Claude de Soria (Charlotte Rampling). Un père indigne donc, pour qui ces femmes vont tout faire pour l’aider à en finir.

 

François Ozon représente la complexité d’aimer et d’accepter la fin de vie de quelqu’un. Quand Emmanuèle et Pascale aident leur père à en finir par amour, Gérard, l’amant de leur père, prévient la police pour les en empêcher, par amour. Les deux faces d’une même pièce diamétralement opposée.

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Le droit de mourir

« Il était un mauvais père mais j’aurais adoré l’avoir comme ami ». Voilà les mots qu’Emmnuèle pose sur son père. André Bernstein n’a jamais été un père aimant. Les flashbacks de scènes d’enfance dépeignent un foyer malheureux et un père dépréciant ses filles. A 85 ans, André continue à être ce qu’il était, cruel, impitoyable et immensément drôle dans son égoïsme.

Sophie Marceau et Géraldine Pailhas incarnent des Emmanuèle et Pascale prises dans des filets où s’entremêlent leur peine, le souvenir d’un mauvais père, leur hésitation, et la difficile responsabilité à porter d’accompagner leur père vers la mort. Deux femmes d’une puissance et d’une résilience rayonnantes, incarnées par deux actrices remarquables.

Une magnifique preuve d’amour, qui dans le fond nous questionne : en serions-nous capables ?

Humanité

Avec ce nouveau film, François Ozon s’attaque aux liens universelles qui persistent entre père et filles. Ce père, si dur et peu aimant déconsidère tout ce qui s’apparente socialement aux comportements et codes féminins. Et alors qu’il n’a d’interêt que pour son petit-fils, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers Emmanuèle pour en finir s’appuyant sur les ressors d’un système patriarcal qui inculque aux femmes d’assumer la fonction du « care » (le fait de prendre soin) en société.

Tout s’est bien passé, c’est l’histoire de la fin de vie médicalement assistée dans une famille parisienne aisée et fortunée. L’histoire d’une bataille que des millions de personnes ne peuvent pas forcément se permettre de réaliser, faute de moyens pour se rendre en Suisse. Courageux et sans détour, François Ozon aborde un sujet encore tabou sans jamais prendre parti pour ou contre le suicide assisté.

« Tout s’est bien passé » de François Ozon, sortie le 22 septembre 2021.