Comme tous les deux ans depuis 1903, la magnifique Venise invite en ses murs, chaque pays du monde entier à présenter sa vision de l’art contemporain. Jusqu’au 23 novembre 2017, la ville se pare de créations et permet d’établir un panorama de ce qui interroge les artistes d’aujourd’hui. Focus sur l’art en train de se faire !

En 1893, Venise célèbre les 25 ans de mariage du roi Humbert 1er et de Marguerite de Savoie. Pour se faire, les Vénitiens se donnent deux ans pour réunir les meilleurs artistes du monde. Les plus grands architectes construisent de somptueux pavillons pour accueillir les importants convives. Ils réunissent en un grand palais (l’actuel pavillon central), les œuvres du monde artistique. Depuis, tous les deux ans, la manifestation perdure. A partir de l’année 1905, chaque pays construisit son propre espace.

Les lieux d’exposition se divisent en deux : l’Arsenal, où l’on trouve actuellement un grand parcours thématique et quelques pavillons comme celui de l’Argentine ou de la Nouvelle Zélande, et Giardini où les pavillons représentant la majorité des pays participant ont été créés. Pour chaque édition, les pays sélectionnent les artistes qui porteront leurs couleurs.

Cette année, c’est la conservatrice du centre Pompidou Christine Macel, qui a été nommée commissaire d’exposition. Elle est la deuxième personnalité française, après Jean Clair en 1995, à occuper la plus haute fonction de cet événement mondial.

L’art en 2017, une aventure curieuse et engagée

La Biennale réunit la majorité des pays du monde et permet de concentrer en un même lieu, l’état des créations actuelles. Dans cette 57ème édition, 87 pays sont représentés. Plusieurs thématiques reviennent dans les préoccupations artistiques, témoignant ainsi des sujets phares que les artistes investissent.

On retrouve toujours la question de la colonisation qui hante l’histoire et qui passionne les artistes depuis les années 2000. Le pavillon de la Nouvelle Zélande et le film de Marie Voignier s’inscrivent complètement dans les revendications que prônent la globalisation. L’avenir et ses systèmes sociétaires se retrouvent également dans la recherche de plusieurs pavillons. Quel avenir écologique, quelle place au bonheur ? au travail ? Comment penser notre avenir en ne retombant pas dans les travers qui ont meurtrit l’histoire ? Dans ces utopies en devenir, la femme préoccupe. Plus que les questions de genre, c’est bien elle qui interroge. Porteuse de traditions chez Kader Attia, elle est sensuelle et mystérieuse sous l’objectif de Dirk Braeckman au pavillon Belge, conquérante et allégorique pour l’Egypte, forte et insouciante pour l’Argentine. Avec la femme vont la naissance, les racines et les coutumes, thèmes brillamment traités dans le film de Pauline Curnier Jardin. Si l’une des questions qui préoccupent les esprits créatifs d’aujourd’hui est tourné vers l’avenir, l’idée de genèse et de définition de l’humanité n’est pas en reste. L’être est abordé dans son entièreté, remontant jusqu’aux premiers hommes avec des références omniprésentes et évidentes à l’art paléochrétien. Interrogeant perpétuellement sur la matière qui le constitue, qui l’intègre dans l’unité d’un groupe, celui de l’humanité, l’artiste milite également pour que ce qui était considéré comme faiblesses soit intégré à cette grande définition. La peur, toutes les peurs, la solitude et l’inconnu sont alors envisagés.

Huguette Caland
Huguette Caland

Pour autant, l’amour et les grandes émotions, thèmes habituellement récurrents ont déserté installations, sculptures et vidéos. La prégnante thématique de l’immigration, est également presque inexistante. Les artistes lui préfèrent le message moins précis d’une tolérance générale.

PicMonkey Collage
G : Yee Sookyung – D : Ernesto Neto

Nos pavillons préférés

Le prenant : Le pavillon israélien pensé par l’artiste Gal Weinstein déborde littéralement de l’espace qui lui est accordé. Une odeur acre et vinaigrée prend au nez. Dans un coin, sur un plancher, sont juxtaposées des parcelles enfermant des gouttes solidifiées de café sucré. Avec l’utilisation d’un matériau périssable, l’artiste questionne le potentiel de création et de destruction et la mémoire collective.

Gal Weinstein, pavillon israélien
Gal Weinstein, pavillon israélien

L’impressionnant : Le pavillon russe propose une réflexion sur la puissance créatrice et sur l’impulsion technologique dévorante. A l’étage, Sasha Pirogova et Grisha Bruskin questionnent la relation de l’homme à la machine quand au sous-sol, Recycle Group enferme l’horreur des hommes dans une réalité virtuelle troublante.

Pavillon russe
Pavillon russe / G : Recycle group – D : Sasha Pirogova

Le paradoxal : L’imposante sculpture de Claudia Fontes au pavillon Argentin est impressionnante. Ce magnifique cheval lancé au galop qu’arrête une petite fille d’un simple geste de la main, laisse le champ des interprétations totalement ouvert. Complètement kitsch, cette œuvre est pourtant fascinante.

pavillon argentin : Claudia Fontes

L’intrigant : Le pavillon grec nous pousse dans une enquête étrange où la science et la médecine semblent bien évoquer les travers politiques du pays. Dans une ambiance qui rappellerait une version sage du jeu vidéo Bioschoc, le visiteur se retrouve à la place d’une souris de laboratoire prise dans le mécanisme infernale de la recherche. Une course à la santé qui se transforme rapidement en course au bien être financier. Une double lecture aussi captivante que brillante.

Celui qui fait rire : l’artiste Erwin Wurm, propose dans le pavillon autrichien, un dispositif participatif où le visiteur interagit en mettant son propre corps en scène. Il doit, par exemple, s’allonger sur une table fesse en l’air et bras ballant ou monter sur un bidon, s’asseoir sur un évier… Des gestes simples mais loufoques qui, improbables, laissent à l’art l’humour dont la vie fait souvent preuve.

Pavillon autrichien
Pavillon autrichien, Erwin Wurm

Et pour le pavillon français, s’il a le mérite d’être le seul à proposer un travail sur l’essence de la musique, on doit reconnaître qu’il n’est franchement pas dingo. L’artiste Xavier Veilhan a pensé un studio d’enregistrement évolutif et réellement utilisé pour la création. Il y a des instruments partout et l’on peut voir les musiciens déambuler, composer dans ce cocon de bois qui leur dédié. L’architecture intérieure créée par le plasticien français est somptueuse, mais le concept met trop à distance le spectateur des musiciens… 

Pavillon français, Xavier Veilhan
Pavillon français, Xavier Veilhan