Après 6 mois dans l’année, c’est l’heure de faire un petit bilan des sorties d’albums, et il devrait y en avoir pour tous les goûts dans cette sélection. Inutile de préciser qu’il s’agit d’une sélection très subjective parmi de très nombreuses sorties, c’est même tout l’intérêt, et qu’elle ne reflète que les goûts de son auteur qui espère toutefois que chacun trouvera au moins quelque chose d’enthousiasmant. 

  1. The Strokes – The New Abnormal (Cult/RCA Records)

Rock désabusé des années 2000 nouvelle édition.

Encore un album des Strokes, mais que peuvent-ils avoir de plus à nous faire écouter ? On peut se poser la question, surtout après un très médiocre album en 2013 (Comedown Machine) et 7 ans d’absence. Mais ce nouvel opus est truffé de chansons parfaitement calibrées et produites, et même quelques innovations (At The Door pour la plus réussie, Eternal Summer pour la moins enthousiasmante). Revitalisé par son autre projet avec the Voidz, Julian Casablancas semble en tout cas avoir retrouvé l’inspiration.

  1. Freddie Gibbs / the Alchemist – Alfredo (ESGN/ALC/Empire)

Gangsta rap raffiné.

Après des collaborations remarquées avec le légendaire producteur Madlib, Freddie Gibbs revient avec un nouvel album 100% produit par une autre légende de la production hip hop : the Alchemist. Un album assez calme pour Gibbs qui est plutôt connu pour son gangsta rap assez cru, mais très plaisant à écouter avec ses instrumentales jazzy et soul et surtout avec des paroles comme toujours très denses et percutantes pour Gibbs. Encore une bonne surprise pour Freddie !

  1. Squarepusher – Be Up A Hello (Warp Records)

Musique électro étourdissante.

Squarepusher, pionnier de la musique électronique des années 90, revient avec un nouvel album de grande qualité. Sombre et complexe, Squarepusher reprend les bases de la musique électro qu’il a largement contribué à fonder avec des producteurs comme Aphex Twin, et montre qu’il peut toujours proposer une musique électronique moderne plus intéressante que beaucoup de nouvelles productions.

  1. Sven Wunder – Wabi Sabi (Light in the Attic Records)

Rock psychédélique teinté d’influences internationales.

Sven Wunder propose, dans la lignée de son Eastern Flowers de l’année dernière, un album mêlant tellement d’influences qu’il est difficile de les nommer. En tout cas, c’est très bien produit, très funky et il est difficile de faire mieux dans le registre de mêler les genres dans un style rétro mais rafraîchissant.

  1. Aksak Maboul – Figures (Crammed Discs)

Pop expérimentale pour gens curieux.

Aksak Maboul, groupe belge fondé dans les années 70, propose un nouvel album ambitieux et dérangeant. Personne ne peut vraiment décrire la musique de ce groupe (surtout après l’avoir écouté), et cet album ne sera pas pour ceux qui recherchent quelque chose de plaisant instantanément, mais plutôt pour ceux qui aiment les défis musicaux et qui veulent sortir des structures classiques ressassées à outrance.

  1. Matthew Tavares et Leland Whitty – Visions (Mr Bongo)

Jazz planant.

Matthew Tavares, ancien membre du groupe BADBADNOTGOOD, collabore avec Leland Whitty, toujours membre du groupe en question, pour un album prenant plus de liberté que BadBad dans les structures et se permettant ainsi d’offrir des chansons plus longues et prenant le temps de se développer pour créer des atmosphères jazz dans lesquelles on peut se perdre.

  1. Sault – (Untitled) Black Is (Forever Living Originals)

R’n’b/soul à l’ancienne pour les combats politiques à venir.

Après une année 2019 de feu avec deux albums incroyables, 5 et 7, le groupe mystérieux Sault sort déjà un nouvel album en plein dans les débats sur le racisme aux Etats-Unis et les violences policières, pour réaffirmer le Black Power dans un album percutant très bien produit qui ne tergiverse ni avec le message ni avec la musique, ce qui n’est pas souvent le cas…

  1. Gogo Penguin – Gogo Penguin (Blue Note)

Jazz technique et intersidéral.

Le groupe de jazz Gogo Penguin est de retour avec cet album éponyme qui représente parfaitement ce que le groupe fait de mieux : des compositions à la fois techniques mais qui offrent une ambiance inspirée de mouvements musicaux plus modernes (comme le post-rock). Un nouvel album qui vous inondera de notes plus sublimes les unes que les autres sans négliger la puissance et l’intrication des compositions du trio.

  1. Denzel Curry – UNLOCKED (Loma Vista Recordings)

Rap énervé ambiance boom bap années 90.

Dans un album entièrement produit par le producteur en vogue Kenny Beats, Denzel Curry montre ici qu’il n’est pas que bon derrière des grosses instrus trap, mais peut aussi se placer parfaitement sur des beats plus classiques inspirés du rap des années 90 (bien modernisés tout de même). Par contre, Denzel tape toujours aussi fort et on peut vraiment définir cet album comme une claque musicale.

  1. Nicolas Jaar – Cenizas (Other People)

Musique électronique ambiante et méditative.

Nicolas Jaar est sans conteste l’un des tous meilleurs producteurs de musique électronique depuis une dizaine d’années, et il surprend ici avec un album anormalement calme pour lui et s’orientant vers l’ambient, avec peu de grosses basses et peu de percussions. Peut-être pas l’album dans lequel il est le plus facile de s’immerger à la première écoute, mais il révèle toute sa richesse quand on prend le temps de s’y plonger.

  1. Destroyer – Have We Met (Merge Records)

Pop funky et distingué ambiance 80’s.

Dan Bejar (aka Destroyer) est un compositeur toujours précis et étonnant tant sa discographie est dense, variée, et presque sans faute. Ici, Dan revient avec un nouvel album inspiré de ses groupes de jeunesse, en première ligne New Order, tout en gardant son côté dandy poète qui fait son charme. Encore une réussite qui mérite le détour.

  1. King Krule – MAN ALIVE ! (True Panther Sounds)

Punk jazzy teinté de hip hop.

Arshie Marshall (aka King Krule) n’en est pas à son coup d’essai et on sent qu’il évolue toujours vers des territoires plus uniques depuis son premier album en 2013. On ne sait pas trop si c’est du jazz, du hip hop, ou de la musique punk mais on est sûr que toutes ces influences se mélangent dans des compositions sombres et étriquées avec la voix très distinctive de Marshall qui rappelle les crooners du siècle dernier.

  1. Perfume Genius – Set My Heart on Fire Immediatly (Matador Records)

Pop baroque indé.

Perfume Genius, qui est l’alias de Mike Hadreas, sort un nouvel album après un très beau et très remarqué No Shape en 2017. Ce nouvel opus est peut-être encore plus subtile que le précédent, et les compositions de Hadreas ont cette tendance à paraître à la fois très fortes et pleines d’affirmations de soi, mais également d’être soutenues par des structures fragiles. De supers arrangements et une voix toujours tellement intense. Encore un super album de Perfume Genius qui vient s’ajouter à une discographie impressionnante.

  1. Laura Marling – Song for Our Daughter (Chrysalis/Partisan)

Folk rock minimal.

Laura Marling sort ici ce qui sera sans doute l’un des meilleurs albums de « compositeurs » de l’année, avec des chansons sublimes et magnifiquement écrites. Dans la longue tradition folk, Marling veut ici faire du « commentaire social » si on peut le dire de façon un peu réductrice, mais le fait si subtilement qu’il faudra parfois lire entre les lignes. En tout cas, un album superbe qui mérite largement de nombreuses écoutes.

  1. Bob Dylan – Rough and Rowdy Ways (Columbia Records)

Légende vivante prix Nobel de littérature.

Pas besoin d’introduction ici, mais on peut simplement dire que Bob Dylan signe l’un des meilleurs albums de sa période 21ème siècle. On ne peut pas résumer l’immensité d’une carrière ou d’un disque comme celui-ci en quelques lignes. L’album n’est cependant pas du genre à se laisser comprendre et dompter facilement, et il faudra de la patience pour y déceler la beauté profonde.

  1. Deerhoof – Future Teenage Cave Artists (Joyful Noise Recordings)

Noise rock enfantin post-apocalyptique.

Le groupe unique et indescriptible Deerhoof sort cette année un album conceptuel basé sur le mythe de la caverne de Platon mais réadapté à notre monde contemporain marqué par la crise écologique, et plus largement l’avenir sombre qui se dessine suite aux crises successives des sociétés industrielles. Un album avec une thématique assez sinistre donc, mais le talent de Deerhoof est justement de rendre cela stimulant et même amusant par moment. Encore un grand disque pour ce groupe incroyablement créatif.

  1. Fiona Apple – Fetch the Bolt Cutters (Epic)

Pop jazzy percussive et percutante.

L’inimitable Fiona Apple nous sort en 2020 ce qui pourrait bien être son meilleur album 8 ans après sa dernière sortie. Un album marqué par des instrumentations très minimales largement composées de diverses percussions et de basse. Fiona Apple chante avec plus de conviction que jamais et n’hésite pas à monter le volume sonore simplement avec sa voix. On pense forcément à des vieux disques de blues ou de soul, ou encore à Tom Waits pour le style. Un disque d’une grande densité malgré son aspect artisanal et un retour aux bases.

  1. Charli XCX – how i’m feeling now (Atlantic Records UK)

La BO idéale de vos soirées confinées.

Entièrement composé et enregistré durant son temps de confinement, le nouvel album de Charli XCX est la bande-son de ce début d’année 2020, et aussi une échappatoire au quotidien angoissant qu’une grande partie de l’humanité connaît aujourd’hui. Pas une seule chanson à jeter dans ce mix et toujours des productions futuristes qui vous retournent la tête. Un album plus direct et simple que le Charli de l’année dernière, mais qui justement ne laisse pas la place à un moment faible. Encore une très grande réussite pour Charli XCX. A écouter à fond !

  1. Run the Jewels – RTJ4 (Jewel Runners/BMG)

Rap hardcore qui défonce tout.

Le duo Run the Jewels ne change pas foncièrement sa formule sur ce 4ème opus, mais se perfectionne. Et que peut-on dire à part que cet album est sans doute le plus incisif et percutant que vous écouterez cette année. Les productions signées El-P sont parfaites pour lui et son acolyte Killer Mike. Un album très politisé, un aspect déjà présent avant mais qui se renforce ici, et qui s’inscrit plus largement dans le mouvement de contestation en cours aux États-Unis.

  1. Jessie Ware – What’s your Pleasure ? (Virgin EMI Records)

Disco house luxuriante et orchestrale.

Le meilleur album de l’année (pour l’instant) revient à Jessie Ware, et ce fût une énorme surprise tant ses albums passés n’étaient pas dans la même veine ni au même niveau d’intensité et de fun. Ici, toutes les chansons (ou presque) sont parfaitement composées et maîtrisées. Dès la première écoute, l’addiction arrive immédiatement et chaque groove et chaque mélodie est un pur régal. Aucun autre album cette année ne nous a procuré autant de plaisir et de fun à l’écoute, et il est difficile de critiquer quoi que ce soit tant chaque particule de ce disque est méticuleusement arrangée et construite. Un disque exceptionnel qui bonifiera chaque instant où vous l’écouterez.

Retrouvez notre sélection des meilleurs albums 2019.