La Galerie Charlot propose jusqu’au 4 juin 2014, EXILT, un soloshow de l’artiste belge Thomas Israël. Sa pratique, vidéo essentiellement, vient ici rejoindre un poignant travail in situ aux prises avec les questions sociales qui secouent le monde d’aujourd’hui. Il s’interroge sur le droit du sol, sur les flux migratoires, sur le respect d’autrui et sur ce qui fait la dignité de l’homme. Un témoignage artistique qui amène à prendre position sur la question des migrants, question d’une actualité affligeante.

Thomas Israël (1975) est un artiste issu du monde multimédia. Performance ou installation, son média de prédilection est la vidéo. Il s’en écarte quelque peu dans cette exposition pour donner à son travail une portée plus sociale, plus engagée, une portée dénonciatrice. Il y a rassemblé les clichés de photoreporters qui ont couvert plusieurs faits liés aux migrations et qui agitent l’est du monde depuis quelques trop longues années déjà. Reza (National Geographic/World Press Photo Award/Infinity Award), Johanna de Tessières (La Libre Belgique/Paris Match/Handicap International) et Olivier Papegnies (Collectif Huma et La Libre Belgique/Médecins du Monde/Nikon Photo Press Award) ont capté les émotions bouleversantes de ces voyageurs forcés et leur travail s’érige comme support de l’exploration plastique de Thomas Israël. L’artiste esquisse, sur ces photographies, des lignes, des points qui s’assemblent à l’image, révélant, par une abstraction parlante, la dureté des portraits contés. D’un trait, il souligne la tristesse d’un regard, il évoque un épisode de vie, il amorce la force d’un caractère, et donne vie à une narration bouleversante. « Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place » disait Lévinas. Abstraites, ces marques guident la pensée du visiteur, lui permettent de comprendre l’essence même des figures photographiées, leur quintessence. La fuite, la peur, l’urgence, l’angoisse et le désarroi se lisent entre les lignes de cette écriture inventée. Trace historique qui appelle à elle les flux migratoires qui ont traversé les siècles, mixant les cultures, apportant richesse et plus-value aux régions parcourues, elle témoigne de la force des masses, du malheur des guerres, de l’incapacité d’une action mondiale et de l’impossibilité d’une entente commune.

De ces pictogrammes, est né un langage, langage magnifique placé au mur en une fresque qui relate l’expérience de l’échappée périlleuse. Éphémères, ces dessins miniatures forment un tout, une puissance fébrile. Ils racontent la guerre, les camps, la mer, les frontières et les barrières.

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EXILT, vue d’exposition
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EXILT, vue d’exposition
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EXILT, vue d’exposition

Cette exposition est de celles qui marquent. Tablettes d’argiles, ces photographies montées, surmontées du geste de l’artiste, s’inscrivent dans la marche du temps. Sur un voile gracieux et âpre, elles amènent le visiteur à s’interroger sur la situation de ces rescapés, à penser plus loin.

Jusqu’au 4 juin 2016

Galerie Charlot, 47 rue Charlot, 75003 Paris

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