Cette fois-ci, Taylor Swift est bien décidé à conquérir la France avec son nouvel album Lover ! Chez Untitled, on a fait appel à notre spécialiste Tristan pour passer au crible le septième opus de la nouvelle princesse de la pop, ex queen de la teenage country outre-atlantique. 

« Vous n’en trouverez jamais une autre comme moi ! » nous dit-elle dans le texte de Me, premier single bubble-gum pop efficace et enlevé ; et l’on est tenté de lui donner raison. Taylor Swift – qui soufflera ses trente bougies en décembre – a sorti vendredi dernier son septième album studio, Lover, le premier avec son nouveau label, Republic Records, après qu’elle a quitté Big Machine Records, celui avec lequel elle avait débuté à l’âge de seize ans. Une nouvelle étape donc, dans le parcours sans faute d’une des plus grosses vendeuses de disques de ces dix dernières années.

« Je serais complexe, je serais cool … et j’aurais le droit de faire ça » (The Man)

Parce que Taylor Swift c’est 50 millions d’albums et 150 millions de singles vendus depuis 2006, plus de 400 récompenses dont 11 Grammy Awards (dont deux pour l’album de l’année) et 23 American Music Awards (plus que n’importe quelle autre artiste féminine) ! Un succès présent principalement aux Etats-Unis, certes, mais sa tournée mondiale qui s’est achevée l’année dernière a rapporté près de 350 millions de dollars. Des chiffres qui donnent le vertige mais qui ne s’expliquent pas seulement par des campagnes de marketing énormes et un travail de communication dans lequel rien n’est laissé au hasard. Taylor Swift, c’est avant tout une autrice-compositrice au talent indéniable (et reconnu à sa juste valeur outre-Atlantique) qui manie la plume avec une aisance déconcertante, capable d’offrir au public un album qu’elle a entièrement écrit et composé seule (le joli, et méconnu en France, Speak Now,en 2010) mais qui a également su faire produire plusieurs de ses titres par les machines à tubes que sont Max Martin et Shellback (Katy Perry, Britney Spears, Adele) ou encore Jack Antonoff (Lana Del Rey, Lorde) pour les albums 1989 et Reputation, avec le succès que l’on sait. Et si les deux premiers ne collaborent plus avec la chanteuse, Jack Antonoff est encore présent sur Lover, ce nouvel opus qui se présente comme un renouveau mais témoigne également d’un retour aux sources bienvenu après deux albums placés exclusivement sous le signe de la pop.

« Nous étions une nouvelle page sur le bureau, on remplissait les blancs en avançant » (Cornelia Street).

Du côté des collaborations, nous trouvons donc dans Lover, outre Jack Antonoff, Louis Bell (Camila Cabello, Post Malone), Annie Clark (de St. Vincent), Joel Little (Sam Smith, Lorde, Imagine Dragons) ou encore Adam King (Camila Cabello, Travis Scott) dans certains des crédits. Quant aux duos, si une participation de Katy Perry a longtemps fait partie des rumeurs concernant le disque (notamment à cause de la présence de la chanteuse dans le clip amusant de You need to calm down), ce sont les voix féminines du groupe country les Dixie Chicks ou celle du chanteur de Panic at the Disco, Brendon Urie, que l’on retrouvera finalement dans la track-list de l’album. Du côté de l’écriture, Taylor Swift écrit et compose seule trois morceaux et co-écrit et compose les quinze autres.

« J’ai été l’archère, j’ai été la proie. Qui pourrait un jour me quitter ? Mais qui pourrait rester ? » (The Archer)

Au contraire de Reputation qui traitait des affres de la célébrité, Lover puise principalement son inspiration dans le sentiment amoureux. Ainsi, là où son prédécesseur martelait les boites à rythmes et les sombres accords synthétiques avec une violence démonstrative, Taylor Swift offre quelques titres (peut-être pas assez) qui font la part belle aux instruments acoustiques et à une atmosphère country, celle de ses débuts (on vous encourage à écouter son premier album éponyme en 2006 et surtout le très bon Fearless en 2008). Ainsi, la chanson-titre et troisième single officiel, reprend les accords et l’ambiance charmante et sensible qui avait contribué à ses premiers succès. Lover se veut une valse nostalgique et positive sur le bonheur amoureux, cette « brume éblouissante » qui n’efface cependant pas les « cicatrices de cordes de guitare » sur les mains de la chanteuse. La jeune fille qui observait son « Romeo » de loin dans Love Story en 2008 assume davantage encore ses failles et ses douleurs dans ses textes. Point culminant de l’album au niveau émotionnel, Soon you’ll get better,qui évoque le combat contre le cancer de sa mère, convoque dans ses chœurs les Dixie Chicks dans une émouvante ballade qui évite pourtant les pièges du pathos par une mise à distance nécessaire de la tristesse (« Je sais reconnaître l’illusion quand je la vois dans le miroir … ça fait des années qu’on espère et je continue de le dire parce que je n’ai pas le choix »). On est loin de la naïveté heureuse de The Best day, précédent morceau de Taylor Swift consacré à sa mère (sur Fearlessen 2008).

Autre titre introspectif, The Archer, et son arrangement minimaliste de nappes synthétiques à la Lana Del Rey, offre un nouveau texte confession dans lequel la chanteuse partage ses hésitations et ses échecs (« Je coupe mon nez juste pour gâcher mon visage … Je me réveille dans la nuit, j’erre comme un fantôme … et tous mes héros meurent tout seuls »). L’autrice retrouve ici l’inspiration qui a donné naissance à ses meilleurs textes (Back to December en 2010 et surtout All too well en 2012, souvent considérée comme la meilleure chanson de sa carrière). La remise en question est permanente sur plusieurs titres, de Afterglow (« J’ai vécu comme une île, je t’ai puni en silence, je me suis déclenchée comme une sirène, simplement en pleurant ») à Daylight (« Mon amour était aussi cruel que les villes dans lesquelles j’ai vécu … je suis devenue la risée de tout le monde, j’ai blessé le bon, j’ai cru au mauvais »). Le temps où la chanteuse réglait ses comptes dans ses textes semble révolu. Ne serait-ce que du point de vue des paroles, Lover est son album le plus apaisé depuis Red.

« Ils chuchotent dans le couloir : c’est une mauvaise fille » (Miss Americana et the heartbreak prince »)

On a longtemps rangé l’interprète de Blank Space et Shake it off dans le camp des partis conservateurs, de par son statut originel de chanteuse country, mais surtout parce que l’artiste se refusait auparavant à tout engagement politique. C’est peut-être dans ce secteur que Lover tranche le plus avec les albums précédents, principalement dans deux chansons dans lesquelles Taylor Swift s’affirme comme une citoyenne progressiste et démocrate. Dans You need to calm down, deuxième single de l’album, l’autrice, sur une mélodie et un arrangement très 80’s, pourfend les homophobes dans un texte à prendre au premier degré : « Le soleil brille dans la rue pendant la parade mais tu préfèrerais vivre dans les temps obscurs ». Et dans Miss Americana & The Heartbreak Prince, elle dresse un constat pessimiste de son pays : « Les histoires américaines brûlent sous mes yeux » et met à jour sa prise de conscience : « La splendeur de l’Amérique s’est effacée devant moi, je me sens désespérée, j’ai déchiré ma robe de bal, je cours à travers les épines de rose, j’ai vu le tableau des scores ». Pour autant, Lover est loin d’être un album manifeste : Taylor Swift reste une chanteuse pop et commerciale avant tout, et même les messages féministes y sont distillés avec humour, à l’instar d’un couplet de The Man dans lequel Taylor Swift se compare à Leonardo Di Caprio à St-Tropez.

« J’aime les trucs qui brillent, mais je t’épouserais avec des alliances en papier » (Paper rings)

Celle qui a chanté 22 et Delicate n’en oublie donc pas la légèreté et la bonne humeur. La chanson d’ouverture, I forgot that you existed, et son arrangement gentiment électro, fait ainsi office d’entrée en matière en forme de règlement de compte ironique et revanchard, comme pour mieux tromper son monde sur la suite de l’album, comme si la Taylor Swift de 1989 et Reputation perdurait encore sous le pastel rose et bleu de la pochette du disque. L’humour est également présent au fil de l’entraînant et rétro Paper Rings ainsi que dans le charmant London Boy qui convoque autant Bruce Springsteen et la Motown que Stella McCartney, le thé et le quartier de Hackney dans son texte. Et si Me fut un premier single très (trop ?) rose-bonbon, on ne peut que constater l’efficacité et le savoir-faire de la pop-star sur Cruel Summer et I think he knows.

Taylor Swift – © Universal Music France

« On peut suivre les étincelles, je conduirai ! » (I Think he knows)

Lover est enfin un disque réussi et abouti dans ses textes, sans doute le meilleur album de Taylor Swift depuis sept ans. On aurait aimé que l’interprète s’affranchisse davantage musicalement de la pop calibrée qu’elle pratique surtout depuis 1989, mais on reconnaît qu’elle reste diablement efficace tout au long de ces 18 titres, portraits multiples d’une artiste qui semble toutefois encore hésiter à prendre des risques musicaux, à offrir au public un album plus personnel (et sans doute moins commercial) qui montrerait davantage ses capacités et dont on se souviendrait longtemps. Déjà en 2010, sur le titre Long Live, elle chantait : « Si un jour tu as des enfants, quand ils montreront les photos, je t’en prie, dis-leur mon nom … Longue vie à toute la magie que nous avons créée, et que tous les prétendants viennent, je n’ai pas peur … un jour on se souviendra de nous ! ». C’est tout ce qu’on lui souhaite !

Taylor Swift, album Lover disponible depuis le 23 août 2019
Site officiel

Article écrit par Tristan.