L’histoire est adaptée de la deuxième partie du premier tome d’Un amour de Swan de l’illustre Marcel Proust. Résonances passées qui se superposent parfaitement avec les constats actuels, elle est jouée jusqu’au 3 décembre au théâtre de Belleville. L’expérience interpelle et secoue.

Sur la scène, on trouve un banc, un jardin intérieur, des oiseaux empaillés et des fleurs, trois personnages et deux musiciens. La verve est haute, le ton clair et l’ambiance magnétique. S’installe un jeu singulier entre Madame de Verdurin, la bourgeoise vulgairement drôle et nouvellement riche, Elstir, le peintre maudit et faussement avant-garde et Odette de Crécy, un peu niaise mais sûre de son potentiel de séduction. Un dernier personnage est présent, c’est Charles Swan. Présent autant qu’absent d’ailleurs, puisque c’est, nous, spectateur qui l’incarnons. Les comédiens s’adressent au public par des « tu » et des « vous » qui renforcent le sentiment d’identification et qui mènent un trouble parallèle entre la narration brillamment menée et les émotions universelles qu’elle provoque. Doucement forcé à être cet homme riche qui lutte contre l’amour, on tombe dans le déroulé de cette histoire inexplicable : l’amour frappe sans que l’on n’y puisse rien. 

Ces trois figures, symboliques des moyens d’accession à la richesse -les mondanités, l’art et le mariage- nous amènent dans un parallèle frappant entre les faits de la Belle époque et les temps actuels. Porosité difficile entre les classes sociales (voire inexistante), amour incertain et incompréhensible, jalousie, joutes d’égo, représentations sociales, désir de reconnaissance…

Une pièce qui retourne le cœur, qui prend à témoin et qui, forte de ses riches dialogues et des justes jeux d’acteurs, réactualise les interrogations amoureuses qui jalonnent l’histoire des hommes : aimer ou être aimé ? Il vous faudra presque donner une réponse.

Avec : Nicolas Kerszenbaum : Adaptation et mise en scène
Gautier Boxebled : Comédien, assistant à la mise en scène
Thomas Laroppe : Comédien
Sabrina Baldassarra : Comédienne
Marik Renner : Comédienne
Guillaume Léglise et Jérôme Castel : Musique
Nicolas Galland : Création lumière
Luoise Sari : Scénographie

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Jusqu’au 3 décembre 2017, du mercredi au samedi à 21H15 et le dimanche à 17H
Théâtre Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris,
Tarif plein : 25€ / tarif réduit : 15€ / -26ans & abonnés : 10€

 

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.