Jusqu’au 9 avril 2017, dans une petite impasse parisienne tout près de l’avenue de Clichy, s’ouvre une brèche identitaire. Stéphane Duroy présente au Bal, son exposition « Again and again », un parcours photographique sur les particularités d’une nation, sur sa mémoire, sur ses valeurs, sur ses habitants. Une installation inédite et joliment amenée à partir de ses derniers travaux : des photographies d’exil, de la matière humaine et un livre.

Stéphane Duroy (1948) a commencé sa carrière par du photojournalisme. Très rapidement proche de l’image comme médium de transmission, il travaille les questions identitaires dans des projets personnels. L’Europe d’abord, puis l’Amérique par la suite furent ses principaux sujets de recherche. Un travail où l’être est omniprésent, où il cherche sa voie et apprivoise son histoire.

Berlin, Chute du mur, décembre 1989, L’Europe du silence © Stéphane Duroy
Berlin, Chute du mur, décembre 1989, L’Europe du silence © Stéphane Duroy

Promesses déchues

Again and again, est une exposition qui pense l’empreinte de l’Europe dans la formation et dans la fondation même de l’Amérique. La trace culturelle d’un pays qui traverse l’océan pour aller s’installer sur une autre terre, le déplacement, l’exil, une mémoire du lieu à créer, à transposer, tant d’impressions qui se lisent dans le grain des photographies de Stéphane Duroy. La mélancolie, la lassitude, l’espoir et la désolation traversent successivement les personnages capturés depuis les années 70. Cette idée d’une vie meilleure promise sur d’autres terres est bien vite remplacée par la désillusion imposée par la réalité. La dureté du travail, l’évidence des inégalités, l’écœurement du quotidien remplacent les rêves et les espoirs. Les étendues désertiques, l’absence et la solitude s’emparent de ces clichés transpirant de vérité. La patte du photoreportage est toujours bien présente et laisse une impression tragique, comme si les hommes étaient destinés à errer dans un monde qui ne leur conviendrait jamais, les ramenant à leur condition triste et sans issue. On retrouve dans ces exils la fuite de l’horreur totalitaire, un désir de reconstruction désabusé et une mélancolie douce et acceptée.

Billings, Montana, 2003, États-Unis © Stéphane Duroy
Billings, Montana, 2003, États-Unis © Stéphane Duroy

Recherche et matière d’image

Stéphane Duroy, après avoir exploré les lumières, les matières et les textures que l’image photographique permet, s’est attelé à une recherche davantage axée sur l’objet. C’est à partir du médium du livre qu’il a travaillé, recouvert, collé et recolorié les images de vie qu’il avait figé. Cette mémoire en construction, traduite dans ses premiers travaux, celle qu’il a cherché à comprendre, à figer, se retrouve dans l’exploration du livre. Ce médium où se couche toute l’histoire de l’humanité se fait le support d’une recherche et d’une construction en perpétuel mouvement. La photo sauvage, brute, devient support. La quête identitaire n’est pas univoque, elle emprunte plusieurs chemins. Intérieurs et extérieurs se mêlent tachant de dessiner une trajectoire de vie. C’est ce que semble avoir tenté le scénographe en distinguant deux salles. La première expose les photographies dans une intimité vraiment réussie quand la deuxième rassemble les travaux sur papier. Mises sous verres, les vitrines magnifient les livres exposés. Seule ombre au tableau, les murs reprennent l’idée de collage dans une demi-mesure un peu bancale. Trop grandes, trop espacées, les reproductions collées sur papier-peint desservent la force de l’image. C’est dommage sans amputer pour autant la beauté du propos. Une exposition à voir, une découverte à faire !

Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2015
Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2015
Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2016
Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2016
Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2015
Double page réalisée à partir du livre Unknown en 2015

 

Stephane Duroy, Again and again, jusqu’au 9 avril 2017
Le Bal, 6 impasse de la Défense, 75018 Paris
Tarif plein : 6€, tarif réduit 4€

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.