Discret repère de la photographe Julia Gragnon situé dans le treizième arrondissement, la petite Galerie de l’Instant regorge de trésors que cette artiste choisit soigneusement afin de partager sa passion. Ainsi, jusqu’au 31 mai prochain, c’est là que vous retrouverez un des plus beaux hommages pour les 25 ans de la mort de Serge Gainsbourg.

En étudiant les divers clichés, une première chose nous frappe : on ne nous présente pas l’artiste, mais l’homme. En effet, vous ne trouverez pas d’images de Serge sur scène, mais seulement des photos  de sa vie en dehors de celle-ci. Le caractère intime s’explique notamment par le fait que Julia Gragnon a puisé dans les archives photos de Tony Frank, ami proche du chanteur. Le reste de l’exposition provient du propre fond de la Galerie, dont on apprécie alors la richesse. Pourquoi la photographe a-t-elle fait ce choix de présenter un Gainsbourg « à nu » ? Elle s’explique : « Je recherchais surtout l’émotion. Pour cela, rien de tel que l’intimité. Pour finir, il était important pour moi de montrer dans cette exposition la « beauté » de Serge, pas le côté provoc’, mais son élégance, sa séduction…». Pari réussi. Une seule et unique photo de Tony Frank rappelle qu’en effet, Gainsbourg se trouvait laid mais savait jouer de son physique atypique : celle de Suzy, pantin à sa propre effigie, qui exagère les traits de son visage.

 

Suzy, la marionnette, Paris, 1974 (©tony frank – La Galerie de l’Instant) / Un Gainsbourg heureux / Normandie, 1969 (©tony frank – La Galerie de l’Instant) / Paris, 1970 (©tony frank – La Galerie de l’Instant)

Le public a connu un artiste perturbé, torturé. Si l’on évolue avec délice entre les pauses gainsbouriennes intemporelles, clope à la main ou à la bouche, c’est pourtant et avant tout l’image d’un homme heureux que nous renvoient les photographies de l’exposition. Oubliez les billets de 500 francs brûlés ou l’humour provocateur et noir de Serge, que l’on a adoré ou détesté. On est ici notamment touchés par les photos de couple et de famille avec Jane Birkin, nombreuses, et qui ne sont pas sans rappeler l’excellent album édité par Alison Castle aux éditions Taschen en 2013, qui réunit tous les plus beaux clichés d’Andrew Birkin, le frère de Jane.

Enfin, c’est un Serge rieur et sincère que vous retrouverez durant cette exposition, seul ou accompagné de grands noms, amours et amis. La photographe a voulu nous montrer un Gainsbourg séduisant et attachant.

Si ces images inédites sont en vente, on se rend avant tout à la galerie de l’Instant pour évoluer dans l’univers passionné de Julia Gragnon. Ainsi, entre trois clichés de Gainsbourg, vous serez surpris de retrouver un Mick Jagger et une Marilyn, dont une même force semble émaner des clichés. Par ses choix judicieux, la photographe vous présente ces étoiles comme vous les avez rarement vues. Bref, de quoi faire faire « des booms et des bangs » dans le cœur des visiteurs !

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