La Journée internationale des droits des femmes est l’occasion d’écouter en boucle le dernier album de Sarah Lenka, Women’s Legacy. Elle y reprend des chants des femmes esclaves du XIXe siècle, popularisés notamment par Vera Hall. 

Sarah Lenka est une habituée des hommages aux figures féminines fortes. Son dernier album, I don’t dress fine, ré-explorait le répertoire de Bessie Smith, impératrice du blues née en 1894 et décédée tragiquement dans un accident de voiture à l’âge de 43 ans. Cette femme noire et bisexuelle élevée par une famille pauvre du Tennessee avait enregistré plus de 120 chansons dans les années 1920. Son chant a influencé des chanteuses comme Billie Holiday, Nina Simone et Janis Joplin, qui fit graver sur sa pierre tombale :  « La plus grande chanteuse de blues au monde ne cessera jamais de chanter. »

Après Bessie Smith donc, Sarah Lenka a choisi de reprendre dans ce nouvel album intitulé Women’s Legacy des airs traditionnels méconnus chantés par des femmes esclaves au XIXe siècle, comme Prettiest train, Last Kind Words ou encore le chant de travail afro-américain Black Betty. The Story of Barbara Allen est par exemple une ballade écossaise du XVIIe siècle qui a traversé l’Atlantique pour devenir un standard folk américain, entonné notamment par Hule « Queen » Hines dans un pénitencier de Floride en 1939, et immortalisé par les ethnomusicologues John et Ruby Lomax. Leur fils, Alan Lomax, a poursuivi ce travail de collecte de ces chants en les enregistrant pour qu’ils ne se perdent pas. Un travail qui se révèle aujourd’hui extrêmement précieux pour comprendre les racines du blues et une part de l’histoire des Etats-Unis. 

Ain’t gonna Let Nobody Turn me Around, une « Civil rights song » reprise notamment par Joan Baez en 1988, s’accompagne d’un clip à la fois simple et beau, où Sarah Lenka s’adresse à nous au milieu d’un champ baigné d’une lumière douce de fin d’été.

On trouve également dans cet album résolument jazz et chargé d’émotions un hommage appuyé à Vera Hall, grande figure de la musique traditionnelle américaine de la première moitié du XXe siècle. Née en Alabama en 1902 et endeuillée très tôt par la perte de sa fille, Vera Hall a popularisé dans les années 1930 un répertoire de musiques traditionnelles appréciées des amateurs de blues-folk américaine. Sur Women’s Legacy, Sarah Lenka fait résonner à sa manière les titres Another Man Done Gone, Riding in a buggy ou encore Trouble so Hard, déjà repris par Moby en 2000. Mais la jeune artiste livre aussi quelques titres originaux tels It happened, Oh Lord ou I fight everyday, comme un pont entre les chants d’hier et ceux d’aujourd’hui…

« Inspirée du chant des femmes esclaves afro-américaines, leur chant est un héritage, un héritage féminin, l’histoire qui vient résonner encore si fort, celle qui vient frapper à la porte de tellement de femmes aujourd’hui. »
Sarah Lenka

Sarah Lenka, album Women’s Legacy disponible depuis le 22 février 2019.
En concert au Café de la Danse à Paris le 19 mars 2019.
Page FB