C’est une exposition pleine d’humour que nous propose, en ce début de printemps, le musée de la chasse et de la nature. Safari/Safarix dévoile une myriade de fictions portées par des artistes contemporains de divers horizons et c’est à voir jusqu’au 4 septembre 2016.

Le propos est simple, rondement bien mené et offre un étalage narré de ce qu’est le safari vu par les arts. Plastique dans un premier temps, raccrochée à la BD dans un second. La figure du chasseur est questionnée, pointée du doigt. Chérie parfois, moquée souvent, elle se joue du spectateur crédule et des égos surdimensionnés de ceux qui manient poudre et balles.

L’homme, un animal politique ou religieux ?

Dans la cour trône une chapelle. Elle enferme un squelette de girafe. L’artiste suisse Christian Gonzenbach interroge par cette association pour le moins originale : quelle place peut bien occuper l’homme entre l’animalité toute puissante d’un règne établi et la souveraineté d’une religion presque écrasante ? Appuyé sur l’ossature, sur le jeu d’une peau suggérée, les propos soulevés sont tout aussi profonds que le coup de la girafe est long. Ce préambule donne le ton d’une exposition étrange parfois, réfléchie souvent et drôle toujours.

Chasser la vérité…

Dans les appartements se toisent diverses œuvres toutes plus cinglantes les unes que les autres et qui demanderont une vigilance particulière aux regardeurs. Ceux-ci devront être méfiants dans le cottage de l’artiste Hippolyte Alexandre Michallon (1849-1930) qui se veut être une rétrospective historique de ses élèves, suiveurs et descendants. La place de la vérité sur une Afrique fantasmée s’érige comme point d’ancrage et modèle les problématiques toujours actuelles de la véracité de la perception et de celle de la parole sainte institutionnelle. Histoires racontées d’aventures folles, de combats sanglants et de victoires triomphantes devront alerter le spectateur. Il se devra d’être attentif à ces jeux de puissance dont on sait l’animal victime. (Une pensée toute particulière –et bien actuelle- s’impose ici en clin d’œil à la rocambolesque épopée de The Revenant). Nous est ainsi contée l’histoire d’Eugène Petruiset, archétype du récit de chasse. L’homme est menteur et fanfaronne d’avoir tué un lion noir, moment de gloire qu’il immortalise d’un cliché. Sur celui-ci il porte l’arme sous le bras, sa tête est droite et haute, et il assoit son pied triomphant sur la bête féroce transformée en vulgaire tapis. Mythes, légendes ou histoires risibles, ces fictions jalonnent le parcours pour le plaisir des petits et des grands, des amateurs et des collectionneurs, des curieux et des amoureux : des gravures détournées où figurent des animaux étranges qu’il faut chercher (Daniel Horowitz), une girafe que l’on appréhende de l’intérieur (Agnès Rosse), une jonglerie remarquable entre la photographie de nature et la nature de la photographie (Joan Fontcuberta), un lion qui lutte pour s’extirper de son cadre-trophé (Ghyslain Bertholon) se côtoient et se fondent dans les collections permanentes avec une justesse et une finesse toujours de mise.

Au dernier étage, la chasse se met en BD et illustre par toutes les formes de traques (braconnage, chasse à l’homme, safari, chasse à courre, chasseur chassé…) les instincts prédateurs de l’homme. Safarix (référence aux personnages d’Uderzo et de Goscinny) renferme quelques jolies pièces prêtées notamment par le musée de la Bande Dessinée d’Angoulême; des planches originales qui retracent à travers la thématique de la chasse, l’histoire de ce 9ème art.

Chasse au trésor géante, l’exposition « Safari/Safarix » amuse les yeux autant qu’elle agite l’esprit. Orchestrée par Anne Beauchef de Bussac, par Claude d’Anthenaise (directeur du Musée de la Chasse et de la Nature) et par Vincent Bernière, c’est l’assurance d’un moment où le rire se fait conscient.

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Musée de la Chasse et de la Nature
62, rue des archives
73003 Paris
Jusqu’au 4 septembre

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