Quentin Derouet peint avec des roses. Poète dans l’âme, il visite le monde par le prisme délicat d’une symbolique qui dépasse l’idée du pur romantisme. Cette fleur, aux connotations multiples est bien plus riche qu’il n’y paraît et, avec elle, le jeune artiste nous amène à des réflexions universelles.

De l’immatériel à la trace

Quentin Derouet est tombé dans l’art à l’adolescence. Il avait cette vision qu’ont les jeunes gens : celle d’une expérience totale, aux antipodes du matérialisme où l’objet n’a pas vraiment sa place. C’est par l’organisation de grandes fêtes à thème, par l’incandescence d’un moment partagé, qu’il imaginait ses créations. Point d’utilité tangible et palpable dans un univers débordant déjà d’objets en tout genre. Cette idée d’absolu, il la véhiculait dans l’instant, dans le partage, et est allé jusqu’à brûler toutes les archives de ses performances pour en faire un parfum. Extraits du travail passé, essence d’une mémoire éphémère, les trois gouttes qu’il récupéra à la fin de cette première période, marquèrent la fin d’un cycle. Après avoir fait appel à un Nez qui créa une odeur de synthèse à partir de cette fragrance de création, il s’interrogea sur la transmission de son travail, sur ce qui sera laissé à ses enfants, à la postérité. La trace devient alors centrale.

G : C’est une langue que je veux, 2016, Rose, rose brulée, rose macérée sur toile,150 x 200 cm – D : Image d’archive – Grenoble, galerie de l’ESAG – Encore un geste d’amour, 2015

La rose, révélation du symbole

La rose était déjà présente. Pour son diplôme, il trace, à l’aide d’un bouquet acheté au marché, un trait au mur et le laisse tomber au sol. Après un appel à projet lancé par l’artiste français Fabrice Hyber, Quentin Derouet se lance dans la création de la rose qui aura le plus de pigment possible. Pendant cette phase de recherche, il teste des centaines de fleurs : il les écrase, les brûle et les dilue. Une forme hybride naît du liage des trois espèces les plus marquantes. C’est par cette recherche qu’éclot ce qui détermine sa pratique : Quentin peindra avec des roses.

G : Image d’Archive, atelier Paris 2017 – D : Je ne sais, moi, ce que je pense, 2017, Rose, rose brulée, rose macérée sur toile,150 X 200 cm

Les techniques employées sont multiples. Les pétales sont appuyés sur la toile, ils sont bouillis, macérés ou étalés. Le pigment de la fleur fait la couleur, il n’y a que lui qui opère. La rose est pinceau, peinture étalée, versée ou giclée. Il n’est question que de ce qui s’opère entre les fleurs et lui. A ce matériau étrange se rattache tout un univers de symboles contrastés. Umberto Eco disait des roses qu’elles sont tellement symboliques qu’elles finissent par ne plus rien dire du tout. De l’amour à la révolte, du kitsch à la passion, la rose est unanimement connue. Dans cette rose, symbole pluriel et universel, Quentin Derouet cherche un idiome commun : une trace qui convoque chaque esprit, qui lie toutes les cultures. Dans ces pétales de velours semble se nicher l’humanité. Le violet domine et se décline. Il évoque la mort, Le deuil, la religion ou l’érotisme. Ces liens avec la couleur qui dépasse l’image purement esthétique, Quentin les travaillent également avec ses renvois à l’histoire de l’art. On retrouve un peu de tout ce qui a façonné l’histoire de l’art, du pariétal au moderne, avec la contrainte réelle de cette rose omniprésente.

Redécouvrir la forme par la matière, jouer avec ses représentations et aller jusqu’à chercher le trait unique qui éveillera l’âme de celui qui regarde. Quentin Derouet, offre la poésie à tous. Il part d’un bouquet foisonnant et riche pour s’arrêter sur une trace pure et parlante, une trace qui évoque la forme d’une rose couchée, paisible, qui n’attend que le monde vienne la saisir.

G : Murmurons l’aveu, 2016, Rose sur toile, 97 x 130cm – D : Et du jour en feu, 2016, Rose, rose brulée, rose macérée sur toile, 162 x 130 cm
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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.