Un colosse, vigile dans les salles de concert, et une strip-teaseuse, au ventre couturé de cicatrices, partagent une histoire d’amour… L’employé d’un abattoir sauve un veau de la mort et le laisse seul dans l’usine fermée pour le week-end. À sa sortie de l’hôpital, un homme part se reposer dans le Sud avec sa vieille maman. Trois adolescents livrés à eux-mêmes entendent un bruit inconnu qui pourrait bien être celui de la fin du monde. Tous ces personnages prennent vie en quelques phrases, suivent leur pente et se consument. Il suffit d’un contact, peau contre peau, d’un regard, d’une caresse, pour racheter l’humanité.

« Je ferme les yeux pour ne pas voir ma mère faire la ola avec les autres. Pensant que cette foule joyeuse et bon enfant aurait tout aussi bien pu être une populace peccamineuse de sans-culottes ultraviolents à une autre époque ». Raphaël Haroche nous décrit dans un style fin et épuré les états d’âme d’êtres malmenés. Les questions qu’il pose au lecteur sont profondes, inattendues, parfois drôles ; elles sont toutefois traitées de telle manière que l’étrangeté ou le tragique touchent au poétique, au sensoriel.

Raphaël Haroche, l’âme à la mer

De ses nombreux albums l’on connait son amour pour le voyage et l’exil. Un côté vagabond solitaire arborant alors les interrogations contemporaines, comme l’eut été le poète Arthur Rimbaud en son temps. Le chanteur nous propose aujourd’hui treize nouvelles, à lire comme treize chansons. Toutes inspirées d’âmes humaines éreintées. Comme Maurice Pons dans son recueil de nouvelles « Douce-Amère » (venant d’un nom de plante), l’écriture de Raphaël Haroche a quelque chose de savoureux, avec néanmoins une pointe d’amertume, tant le désarrois de ses personnages peut-être fort.

« Il n’y a rien à craindre que la crainte elle-même ». La noirceur de ce livre aurait de quoi repousser, si nous n’étions pas agréablement surpris par de petits moments d’extrême sensibilité poétique. Car dans ce livre, l’intérêt de certaines nouvelles ne nous marquent pas. Il faut alors s’accrocher à notre sensitivité et à notre propre vécu, pour être transporté par quelques une d’entre elles. Les nouvelles comme « Yuri », qui nous questionne sur notre rapport à l’animal et notre propre animalité, « Les Acacias » qui évoque la solitude des personnes âgées face à la mort ou encore  « Retourner à la mer » qui questionne nos sens; peuvent autant nous émouvoir que nous paraître insignifiantes. Dans notre cas, ce sont les trois nouvelles les plus réussies de l’ouvrage.

Avec son écriture aux caractéristiques très cinématographiques, tant dans sa musique que dans ses écrits, Raphaël réussit comme Gaël Faye (prix Goncourt des lycéens), à passer d’un univers à l’autre avec un certain talent. Après la musique et la littérature, il nous le confirme : la réalisation d’un film écrit par ses soins, doit arriver prochainement. Raphaël Haroche est un homme à suivre.

Capture d’écran 2017-02-28 à 14.45.24

« Retourner à la mer », Raphaël Haroche, Gallimard, collection Blanche, 17,50 €.

PDF24    Send article as PDF