Prix Goncourt des lycéens, prix du roman Fnac, prix du premier roman, Gaël Faye s’est lancé avec brio dans l’écriture. A travers l’oeil de Gaby, il nous fait découvrir ce petit pays, le Burundi. Un petit pays où Hutus et Tutsis n’ont cessé de se déchirer. Critique à double entrée.

Mathilde Ciulla, journaliste littéraire

Entre le Burundi, le Rwanda et la France, c’est au coeur d’une mémoire douloureuse que nous transporte Gaël Faye. Mais la thématique qui traverse l’œuvre du rappeur français est bien celle de l’identité, une identité géographique, territoriale, culturelle, mais surtout physique. Et tout se fait à travers l’histoire de Gaby, ce petit garçon attachant qui tente tant bien que mal de s’adapter aux changements de sa vie, qui s’accroche autant qu’il peut à son enfance, avant de se rendre compte qu’elle lui a échappé, qu’il le veuille ou non. Enfant d’une réfugiée rwandaise et d’un colon français, élevé au Burundi mais vivant désormais en France, Gaby ne se sent plus à sa place. Et c’est bien cette question de place qui l’amène à revenir sur son enfance, heureuse au début, puis prise au piège dans la guerre entre Hutus et Tutsis qui va déchirer le Rwanda, le Burundi, sa famille, son école, et qui va même aller jusqu’à remettre en question ce qui comptait le plus pour ce petit garçon : son groupe d’amis, ses frères de coeur.

Gaël Faye, par la bouche de Gaby, raconte le parcours d’un jeune garçon, forcé de grandir trop tôt face à l’absurdité des comportements d’adultes qu’il ne comprend pas. Un récit bouleversant qui nous interroge tous sur l’appartenance à une société, à une culture, mais aussi sur les valeurs d’intégration qu’on aime à proclamer.

Marie Heckenbenner, rédactrice en chef

A travers le personnage de Gaby, âgé de dix ans, Gael Faye raconte comment la guerre a éclaté au Burundi, détruit son pays et volé son enfance.

Ce petit pays dont parle Gaël Faye, c’est le Burundi. Un petit pays, meurtri par des massacres à répétition entre Hutus et Tutsis, comme au Rwanda, pays limitrophe. Gaël Faye puise dans ses souvenirs d’enfance, et tente – à hauteur d’enfant – de faire entendre la folie des hommes. Gaby, jeune narrateur, n’est pas très éloigné du personnage de Momo de La vie devant soi (Roman Gary). Il porte un regard sur des événements graves, d’abord éloignés de son quotidien, mais qui finiront rapidement par le rattraper, le basculant dans la réalité de l’âge adulte. Rien ne sera jamais plus pareil. Il y a un avant et un après-guerre dans le roman, tout comme dans la vie de Gaël Faye.

La force de ce roman réside aussi bien dans le thème que dans la forme de narration. Entrecoupé par des lettres envoyées à une jeune française inconnue, Gaby narre son quotidien de façon poétique. Avec sa sensibilité et son jeune regard d’enfant, il fait le point sur la situation politique de son pays.

Gael Faye, Petit Pays, Edition Livre de Poche, 224 pages, 7,10 euros

Mathilde Ciulla et Marie Heckenbenner

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