Dans un récit choc sur la peine de mort, entre l’investigation journalistique et le thriller, Alexandria Marzano-Lesnevich plonge dans son passé par le biais de la destinée de Ricky Langley, réveillant ses émotions et ses souvenirs.

Farouche opposante à la peine de mort, Alexandria Marzano-Lesnevich est étudiante en droit à Harvard quand elle décide de faire son stage dans un cabinet d’avocats en Louisiane qui défend les condamnés à mort. C’est ainsi qu’elle va croiser la route de Ricky Langley, condamné pour le meurtre de Jeremy Guillory, assassiné en 1992.

Dans ce long récit introspectif, l’auteure écrit un long plaidoyer contre la peine de mort à la manière d’un récit judiciaire, étayant sa thèse de sa propre histoire.

Entre le thriller et l’enquête

Février 1992, Lorelei Guillory sonne à toutes les portes de la rue : son fils, Jeremy, âgé de 6 ans, a disparu. Quand Ricky Langley lui ouvre la porte, elle ne sait pas encore qu’elle a affaire au tueur de son fils.

Ce qui suit est l’enquête menée autour du personnage de Ricky Langley. Ce n’est pas seulement une enquête sur les conditions du meurtre du petit garçon, c’est aussi une analyse poussée de cet homme que nous livre l’auteure. Elle retranscrit chaque étape du procès mais surtout chaque étape de la vie de cet homme. Qui il est, d’où il vient, qu’est-ce qu’il a fait, comment il en est arrivé à commettre ce meurtre, ce sont les questions qui sous-tendent chaque page du récit. « J’ai reconstitué la vie de Ricky Langley en m’appuyant sur un mélange de documents des tribunaux se trouvant dans le domaine public, d’articles de journaux et de reportages télévisés et, par endroits, sur une pièce de théâtre inspirée d’entretiens. »

Clive Smith est l’avocat qui défend Langley et qui va le sortir du couloir de la mort, c’est pour son cabinet qu’elle va travailler. En découvrant cette affaire, Alexandria décide de se replonger dans le dossier, elle veut comprendre ce qui va pousser la mère de Jeremy a témoigner en faveur de Ricky Langley, lui épargnant ainsi la peine capitale. Qu’est ce qui pousse une mère dont l’enfant a été violé et assassiné à « défendre » le tueur ?

« Ce que vous voyez dans le meurtre de Jeremy par Ricky, j’en suis convaincue désormais, dépend autant de qui vous êtes et de la vie que vous avez vécu que de l’acte lui-même. Mais la narration judiciaire efface cette étape. Elle efface son origine. ». L’enquête décrite dans le livre est d’une précision presque chirurgicale, tous les faits y sont relatés avec l’envie de tout en connaître pour être la meilleure juge possible.

Une enquête personnelle

Les deux parents d’Alexandria Marazano-Lesnevich sont avocats, elle les voit se démener chacun de leur côté pour la vérité, la vérité judiciaire. Alexandria de son côté lutte pour sa vérité à elle, au sein de sa famille mais aussi à travers l’affaire Ricky Langley / Jeremy Guillory. Le récit qu’elle fait est aussi celui des attouchements répétés de son grand-père sur elle et sa petite sœur quand elle était enfant. Quand elle découvre l’affaire, bien qu’étant totalement opposée à la peine de mort, elle souhaite voir Ricky Langley, pédophile récidiviste, mourir.

« Ce job sera mon épreuve. Si je suis vraiment contre la peine de mort, je dois m’y opposer aussi pour des hommes tels que lui. » C’est un écho qui s’ouvre en elle avec cette affaire, un écho qu’elle tente de comprendre et de décortiquer, c’est selon elle pour cette raison que cette histoire va autant la remuer et la suivre toute sa vie. Ce récit est aussi une catharsis pour l’auteur.

« Parce qu’en plus de tout ce qui peut être vrai de mon grand-père, il y a ceci : il n’a eu à rendre aucun compte. » Avec sensibilité et honnêteté, elle met des mots sur les agressions sexuelles répétées durant son enfance qui hantent sa vie et sa personne. L’auteure n’épargne personne dans son récit, ses parents, ses grands-parents ainsi que ses sœurs. A travers l’histoire de Ricky Langley, Alexandria Marzano-Lesnevich déroule la sienne.

Avec un roman aussi troublant que déchirant, Alexandria Marzano-Lesnevich signe un grand récit au nom des victimes et des agresseurs. Nécessaire et douloureux, l’auteure nous happe dès l’introduction.

« L’empreinte », Alexandria Marzano-Lesnevich, traduit de l’anglais par Héloïse Esquié, Edition Sonatine, 480 pages, 22 euros