Le 20 janvier 2016, en plein cœur de Paris au Tapis Rouge, s’est tenue la première édition de la Maddykeynote, rendez-vous d’un nouveau genre consacré à l’innovation. Maddyness, magazine dédié aux start-ups françaises et organisateur de l’évènement, a pour l’occasion décidé de confronter 100 intervenants, 300 entreprises et plus de 800 entrepreneurs, innovateurs et médias autour de 4 thématiques principales : l’homme, le robot, la ville et le réseau. 9h de conférences ont été streamés directement en live. Retour sur ce sommet novateur.

Le cadre tout d’abord : le Tapis Rouge est le plus ancien grand magasin fondé en 1784. Pour l’occasion, l’établissement a été divisé en plusieurs zones pour accueillir différents formats de conférences (keynotes et conversations de 10 minutes, tables-rondes de 15-20 minutes). En sus de ces conférences, un espace dédié à la démonstration permet aux visiteurs de tester physiquement les applications. Les intervenants présents sont nombreux et divers, de Laurence Parisot, vice-présidente de l‘IFOP, à Christian Clot, explorateur, en passant par Grégory Dorcel, Directeur Général du Groupe Marc Dorcel, ce qui permet de donner aux conférences une profondeur très appréciable. L’organisation est bonne dans l’ensemble, combinant mapping, dispositifs vidéos (maladroits et manquant de synchronicité parfois) et grands espaces de discussion et de découverte : une société de location robotique (Evotion) côtoie un robot fabricant d’histoires courtes et des bulles transparentes permettant de recharger les smartphones (Bubbles)Et le contenu, alors, comment c’était ?

C’était bien ! Après une courte introduction déclamée par l’invité d’honneur, Riel Miller (directeur de la prospective monde de l’UNESCO), qui nous invite à refuser « l’incertitude comme ennemie » et à penser notre société selon les modèles de l’hétérarchie (système opposé à la hiérarchie qui favorise coopération et interrelation) et de la murmuration, les différentes conférences peuvent commencer.

© Twitter Maddy Keynote, Vincent Puren et Serge Tisseron
© Vincent Puren et Serge Tisseron

L’HOMME

Les premières conférences se concentrent autour de l’Homme, l’Homme évoluant avec la technologie, l’Homme en rapport avec la médecine du futur, l’Homme et les perspectives à venir dans l’entrepreneuriat et les milieux décisionnelsOn y parle de transhumanisme, de quantified self et de « sex in the cloud ».

Sarah Daninthe, escrimeuse professionnelle, évoque la place croissante qu’a prise la technologie dans les milieux sportifs. On peut grâce à elle mesurer et analyser ses données personnelles avec une précision folle, qui permet par exemple d’indiquer le déficit d’une jambe par rapport à l’autre ou de mesurer la fatigue du muscle, enregistrer ses adversaires et s’entraîner en fonction, créer des prothèses connectées à des applications, ou encore apprendre que la récupération du sportif est plus efficace lorsqu’il est en activité ! Christian Clot, explorateur, nous conseille quant à lui de « garder notre humanisme pour dépasser nos limites », considérant que l’Homme est un surhomme qui s’ignore et qui se découvrira avec l’aide de la technologie, simple vecteur de compréhension. Grégory Dorcel évoque la réalité augmentée développée par le groupe Marc Dorcel (prochaine étape : l’hologramme), et nous explique que le robot ne saurait être un remplacement du corps, il ne devrait servir qu’à augmenter une expérience sans la dénaturer.

Le transhumanisme ? Un courant qui considère que les technologies permettraient de remplir les aspirations humaines, et contre les dérives duquel nous met en garde le philosophe Jean-Michel Bernier, pour qui « nous aimons d’autant plus nos machines que nous redoutons ce que l’Homme peut faire de l’Homme ».

©Le monde Numérique
©Le monde Numérique

LE ROBOT

Après une première série riche en questionnements, la Maddykeynote se poursuit autour du thème de la robotique et des utilisations futures dans les domaines industriels, domestiques, physiques…

Les intervenants ont beaucoup insisté sur la notion d’éthique et d’évolution parallèle : l’Homme ne doit pas évoluer face à la robotique mais avec elle ; il n’est pas question d’exclure l’un pour la survie de l’autre, puisque les deux sont corrélés. Ramesh Caussy, de partnering robotics, prend ainsi l’exemple du robot Diya développé par son entreprise, qui s’inspire de propriétés de mammifères comme le rat, et dont le rôle sera d’épurer l’air : un service qu’aucun homme ne pourra jamais accomplir, qui ne supprime donc pas d’emploi et en crée autour de cette nouvelle technologie. Le but selon lui serait de développer une « robotique de service et éthique ». La robotique crée donc de nouveaux modèles collaboratifs, autour par exemple d’exo-squelettes ou de robots aide chirurgien. Le tout, pour Etienne Gaudin (Groupe Bouygues), c’est de savoir limiter ces avancées en se posant une question simple « Qu’est-ce qu’on veut que ces robots fassent pour nous ? ». Encore une histoire d’éthique, donc. Intelligence artificielle permettant de traduire des discours en direct (Mediawan), robot de maison qui comprend son environnement (Keecker), drone agricole (Airinov) : les innovations sont nombreuses et leurs créateurs sont enthousiastes. On prend un peu de hauteur avec le philosophe Serge Tisseron, qui prévient contre la projection empathique sur les robots, et préconise la désacralisation du robot, qu’il faut apprendre à démonter et remonter aux enfants, pour ne jamais oublier, en fait, son contenu purement mécanique et électronique.

© Keecker, le robot domestique
© Keecker, le robot domestique

LA VILLE

Les innovations concernent aussi la ville, qui modifie en évoluant les relations entre les hommes et leur environnement urbain. On évoque des plantes qui grandissent à partir de capsules (Prêt-à-pousser), on admire les premières Sharing Cities du Monde (Songdo et ses conseils de l’économie collaborative, conciergeries et hubs de partage, Barcelone « Fabcity », San Francisco et sa Bayshare qui fait collaborer start-ups et associations), on découvre l’agriculture urbaine et les Fablabs (espaces de coworking). On évoque aussi la ville durable comme ville d’équilibre et d’harmonie, sans oppositions cruelles, et Thibaud Simphal, directeur général d’Uber France, a dans ce cadre annoncé la prochaine et possible ouverture de la plateforme Uber aux taxis. Un climat positif et optimiste !

© Songdo, Smart City sud-coréenne
© Songdo, Smart City sud-coréenne

LE RESEAU

Enfin, les conférences se terminent avec les problématiques que cristallise le réseau mondial, sa sécurisation et son évolution. Laurence Parisot nous parle d’Open Data, de Data journalisme et questionne une possible « Data démocratie », autour desquels se posent les enjeux d’une gouvernance de la data. Gonzague Grandval, de chez Paymium, renouvelle notre vision de la plateforme Bitcoin qui permet une utilisation différente, celle de conserver de nombreuses transactions dans une base de données d’une puissance 500 fois supérieure à celle de Google. On repense le réseau, du monopole à la guerre de l’interopérabilité, du codage au contrôle de sa vie virtuelle, sans oublier d’évoquer la nouvelle forme d’illetrisme dont souffrent les personnes non connectées.

La Maddykeynote se positionne, avec cette première édition, en bonne place dans le domaine de l’innovation, permettant à de nombreux intervenants de faire dialoguer leurs idées dans une dynamique visionnaire aux racines réalistes. On a hâte d’assister à la suivante, qui aura lieu en janvier 2017 !

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Amoureuse de grands espaces, de cinéma et de littérature, je parle beaucoup mais je parle culture !