Il est des artistes pour qui la création est une construction. Pour Gordon Matta-Clark, l’on pourrait dire que la création est déconstruction.

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DR.Tous les droits réservés – Splitting : Four Corners, 1974

Fils d’un couple de peintres surréalistes, l’Américaine Anne Clark et le Chilien Roberto Matta, Gordon Matta-Clark voit le jour à New York en 1943, et baigne très vite dans le monde de l’art (sa marraine n’est autre que Teeny Duchamp, femme de l’illustre Marcel). Comme beaucoup d’artistes de sa génération, marqués par la Seconde Guerre mondiale, l’art devient une remise en cause des acquis. Aussi, après des études d’architectures à Ithaca (NY), où il se sent enfermé dans un espace bien-pensé et trop structuré à son goût, il retourne s’installer à New York. C’est là, dans le SoHo (South Houston) du début des années 1970, qu’il co-fonde ce grand lieu de rendez-vous artistiques, le restaurant-concept Food, avec notamment le Phil Glass Group (Compositeur pionnier de la musique minimaliste et répétitive), les danseurs du Grand Union (Groupe d’improvisation de danse) et Mabou Mines (Compagnie de théâtre expérimentale). Dans ce restaurant collaboratif, ce sont les artistes qui vous servent et qui exposent leurs œuvres. Durant cette période, il entame le Building Cut, incarnant son « anarchitecture » : travail délirant qui promeut une architecture déconstructiviste. Matta-Clark parcourt alors les quartiers pauvres et désertés des banlieues de la ville pour trouver des maisons abandonnées, qu’il découpe de toute part, en toute illégalité. Ces performances, immortalisées par des photographies ou des vidéos, se terminent parfois en courses poursuites avec la NYPD ou en procès.

Gordon M-C, Conical Intersect 1
DR.Tous les droits réservés – Conical Intersect (vue intérieure), 1975

Il décompose ainsi l’espace bien structuré de la maisonnée pour l’ouvrir vers de nouveaux horizons. Comme chez Edward Hopper, l’intérieur est toujours poussé vers l’extérieur. Du célèbre Splitting, où il sectionne symétriquement une maison en deux, à Conical Intersect, dans lequel il perfore un immeuble en plein Paris (dans le site du futur Musée Beaubourg), il sillonne le monde d’exposition en exposition, de biennale en biennale, pour dévoiler son travail urbain et on ne peut plus minéral. Afin de redonner de la vie à ses œuvres, il coopère par exemple avec la danseuse Trisha Brown du Grand Union, qui performe dans ces espaces irréels. Parmi ces actes singuliers et controversés, l’un des plus retentissants fut lorsqu’en 1976, au lieu de participer à une exposition aux côtés d’architectes de renoms, il préféra briser les fenêtres de l’Institut d’Architecture de New York, se levant de cette manière contre l’architecture établie.

Gordon M-C, Conical Intersect 2
DR.Tous les droits réservés – Conical Intersect (vue extérieure), 1975

Cette même année, l’artiste subit pourtant un contre-coup : son frère jumeau se suicide en se jetant de la fenêtre de son loft. La boucle est bouclée. L’ouverture architecturale vers l’extérieur prend une forme alors bien amère. À la suite de cela, il continue son travail en Europe (également car il doit quitter les États-Unis à cause de son œuvre – illégale – Day’s End, pour laquelle il est poursuivi en justice), mais bouleversé par ce drame, il meurt d’un cancer en 1978. Peu de temps avant sa mort, il dira à Ned Smyth, sculpteur, ami et collaborateur : « It’s all about evolution » – « Tout est question d’évolution. » A vous de trouver la prochaine.

Gordon M-C, Circus, or The Caribbean Orange
DR.Tous les droits réservés – Circus, Or The Caribbean Orange, 1978

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