Entre drame, stress et joie, Négar Djavadi dresse sur trois générations le portrait de la famille Sadr et l’Histoire de l’Iran durant ces décennies. Un beau roman inspiré de sa propre vie, qu’on lit comme de beaux souvenirs d’enfance.

Kimiâ Sadr, l’héroine, est fille d’une famille iranienne francophile et communiste. Elle nous embarque dans son monologue, où elle tisse sous nos yeux la mémoire familiale, sa gloire, ses tragédies, ses fabulations.

« Je suis la petite-fille d’une femme née au harem. Ma vie a commencé là, au milieu de cette ruche d’épouses prêtes à se massacrer pour être celle qui passerait la nuit avec le Khan ». On apprend rapidement que Kimiâ hérite de cette grand-mère, née au début du XXème siècle dans un harem et morte le matin-même de la naissance de l’héroine. Outre sa réelle ressemblance physique, qui ne cesse de laisser sans voix ses frères et sœurs de la défunte, elle possède son courage, sa ténacité mais surtout sa liberté de penser.

Désorientée

Alors que l’histoire débute, la famille Sadr a fuit le régime iranien et vit en exil à Paris. De sa naissance à aujourd’hui, la narratrice revient sur ces péripéties qui ont poussé sa famille à fuir le régime. « Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. Et comme il est généralement admis que quelque chose se perd dans la traduction, il n’est pas surprenant que nous ayons désappris, du moins partiellement, ce que nous étions, pour faire de la place à ce que nous sommes devenus ». Elle nous conte l’histoire de sa famille au même rythme que celle de l’Iran. Des changements de régime qui ont révolutionné la société iranienne à son arrivée en France, chamboulant tous ses repères, en passant par ce qui fait d’elle « une autre ». Deux langues, deux cultures, elle fait le portrait subtil de ceux déchirés par l’exil et l’errance, s’imposant entre deux pays.

Double culture

Mais après la face A, faite des chapitres de son passé, de la rencontre de ses parents, du récit des légendes inspirées de l’histoire de ses aïeuls, vient la face B. Perdue dans ses pensées, elle nous fait revenir à coup de grands flashbacks au cœur des générations passées, à la fin du XIXème siècle, dans le domaine de son arrière-grand-père, à la naissance de Nour sa grand-mère, et tout au long du siècle à travers les pérégrinations de son père, Darius, puis les siennes. Tandis que la face A remonte le courant de son passé, décrit une Kimiâ forte, intelligente mais aussi si fragile, la face B est le temps des réconciliations avec soi-même. Presque mère, après un laborieux parcours de PMA, il est venu pour elle le moment de faire la paix avec son passé, son histoire et l’Iran.

Avec un roman aussi intriguant qu’ambitieux, Negar Djavadi signe un merveilleux conte oriental mêlé au roman contemporain. Comment trouver sa place dans un pays idéalisé ? Doit-on oublier notre passé ? Quelle est notre culture ? La romancière offre une belle réflexion sur l’être et son devenir, sur l’exil et l’identité en mettant en avant nos sociétés, sa logique et sa culture.

« Désorientale », Négar Djavadi, Edition Liani Levi piccolo, 352 pages, 11 euros

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr