« Quelques mètres de tissu, lisse, fragile et souple, d’un bleu clair métallique, devinrent notre prison… Je disparus, comme d’un coup de baguette magique. Je n’étais plus Rukhsana avec un nez bien à moi, une bouche, des yeux, un front, un menton, des cheveux, mais un linceul vivant, identique à toutes les autres femmes voilées… ». Rukhsana est une jeune journaliste kaboulienne. Et comme toutes les Afghanes, elle ne vit, dans le monde extérieur, qu’à travers le voile grillagé de sa burqa. Mais la jeune femme est une casse-cou. Partie étudier le journalisme en Inde, elle est revenue à Kaboul, comme le désirait son père, pour épouser son promis. Etape qu’elle ne cesse de repousser, prétextant son jeune âge, la maladie de sa mère, ou ses études. Dans un pays où la musique, le cinéma, le théâtre, la danse, et la plupart des livres, sont supprimés, et les femmes interdites d’exercer, Rukhsana a continué, malgré les avertissements, à dénoncer, sous pseudonymes, les exactions du régime dans la presse.

Bienvenue au pays des talibans

Mais à la réception d’une sommation du ministre de la promotion de la vertu et de la répression du vice, aussi croit-elle que sa dernière heure est arrivée. Le terrible Zorak Wahidi la convoque, auprès de d’autres journalistes, pour faire une annonce officielle : le conseil suprême de l’Etat islamique d’Afghanistan a décidé d’organiser un tournoi de cricket. Les gagnants pourront partir se perfectionner au Pakistan. Mais que fait la jeune femme ici ? Est-elle toujours sur les listes de son ancien journal ? Savent-ils pour qui elle travaille encore anonymement ?

Malgré la peur, la violence, la jeune femme décide de saisir sa chance, mais la compétition est ouverte à tous sauf aux femmes puisque « selon la loi talibane, leur place est dans la maison ou dans la tombe ». Déterminée, elle décide d’entraîner son frère et ses cousins, constitués en équipe. Leur nom ? Le Cricket club des talibans.

Mais la jeune femme se heurte à un autre problème. Le violent Zorah Wahid veut l’épouser. Comment lui échapper ? Rusée, elle s’inspirera d’une œuvre de Shakespeare. Se transformant alors en Babu et se faisant passer pour le cousin de la famille. Rukhsana restera alors introuvable par les autorités.

Kaboul, ville meurtrie

A travers les yeux de Rukhsana, on découvre un Kaboul en cendres. Défiguré par les guerres, vidé de sa joie et de son peuple. Utilisant le jeu comme un brillant subterfuge à la violence, le romancier nous entraîne dans une course folle. L’écriture et l’énergie données au roman, nous catapultent dans la maison de Rukhsana, vivant ces dernières heures dans le pays. D’une habilité certaine, Timeri N.Murari arrive à mélanger une comédie romantique aux violences quotidiennes du régime taliban.

Les hommes sont, ici, des figurants, qu’ils soient cruels ou touchants, tous abreuvés de peur mais nourris du fantasme de l’Occident. Sous leurs burqas, les femmes du cricket club des talibans, sont des lutteuses, fières, et qui le revendiquent. Apeurées ou consentantes, elles se soutiennent. Entre courage et lâcheté, l’histoire des protagonistes, est celle vécue par les Afghanes que l’auteur a interrogées.

S’appuyant sur des faits réels, le romancier indien Timeri N. Murari tisse, ici, un roman d’aventure. Un roman qui nous propulse dans le monde moderne, dans l’actualité d’aujourd’hui, au plus près de ces hommes et femmes qui tentent de fuir le pays.

41vev7vl4l-_sx301_bo1204203200_

Timeri N.Murari, Le Cricket Club des talibans, Edition Folio, 464 pages, 8 euros

PDF24    Send article as PDF