Pourquoi faut-il aller revoir « La ligne rouge » au cinéma ?

la ligne rouge

Dès demain et dans plusieurs salles françaises, vous pourrez (re)découvrir La ligne Rouge de Terrence Malick. L’occasion de mettre en lumière les raisons qui, pour nous (et pour d’autres !), en font l’un des chef-d’oeuvres incontournables du cinéma Américain des années 1990. 545291.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

C’est le film qui a signé le grand retour de Malick sur les écrans

On pourrait dire que les vingt années qui séparent les deux premiers long-métrages de Malick (Badlands et Days of Heaven) et The thin red Line font figure de véritable traversée du désert dans la carrière du réalisateur américain. A ce jour, on ne connait pas d’aussi longue rupture entre deux productions, rupture qui fut, de plus, nimbée dans un halo de secret semi-opaque. L’attente a du être longue pour les amateurs du style de Malick, nombreux à la sortie de Days of Heaven en 1978. C’est seulement en 1998, aux Etats-Unis, que The thin red Line sortira dans les salles, rapidement légitimé par un succès tonitruant : oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario adapté, de la meilleure photographie, du meilleur montage, du meilleur son… Il fallait être inconscient pourtant, pour sortir le film à ce moment là, sur ce thème là, car c’est aussi l’année choisie par Spielberg pour sortir son Soldat Ryan qui récoltera cinq fois les recettes du film de Malick. Son succès est pourtant indéniable et ces deux décennies de mystère auront payé pour le réalisateur, qui révélera a posteriori qu’elles auront servi notamment à l’écriture du projet Q, qui deviendra le film The tree of life sorti en 2011.

Un film de guerre… qui n’en est pas vraiment un

On a l’impression, confirmée régulièrement, que Malick se sert du prétexte guerrier pour filmer dans un genre différent le rapport des Hommes à la nature . Une fois que l’on a compris cette ambition toute unique, le film se recouvre de différentes couches de lectures plus épaisses les unes que les autres. Il devient une autopsie du monde humain, une réflexion sur le bien et le mal ainsi qu’une étude sur l’Homme impuissant devant une nature qui le dépasse. La dimension méditative du film prend toute son ampleur lorsque les plans entre hommes et nature se répondent, comme pour illustrer l’idée que développe Malick : la Nature est seulement, cruelle ou juste, grand Tout composé de multiples individualités dépassées par leur position. Jamais moralisateur, il enferme ses personnages dans un tourbillon de questionnements métaphysiques pour finalement leur rappeler que, si la faux meurtrière finit par s’abattre sur eux, ils retourneront comme tout être à la terre qui les a vus naître. Fébrile et futile humanité soumise aux mouvements d’une Nature immense qui continue ses oeuvres, peu importe les questionnements, les guerres et les morts…

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Un grand concentré de Malick

Dans ce long-métrage, Malick affirme le style qu’il développait déjà dans Days of Heaven. Contemplation, proximité avec la nature, rythme lent et voix off bercent le film de la patte d’un réalisateur déjà culte à la sortie du film. Malick affirme son style de réalisateur-illustrateur, grand manipulateur d’images sublimes et de réflexions poétiques. Un film de pure beauté, qui se regarde métaphysiquement, ou bien de façon contemplative, les yeux rivés sur les travellings aériens, les plans séquences et nombreux ralentis. Une ode à la beauté naturelle qui nervure la filmographie de Malick aujourd’hui encore, et dans laquelle on devine de plus en plus clairement la personnalité d’un réalisateur hors-norme.

Le deuxième meilleur film des années 1990 selon Martin Scorsese

En 1999, Rogert Erbert, critique de cinéma pour le Chicago Sun-Time (le seul à avoir son étoile sur le Hollywood Walk of fame), enregistre une interview de Martin Scorsese qui passera sur les ondes le 26 février 2000. Pour bien clore le premier siècle de cinéma, le critique invite le réalisateur américain à voter avec lui pour les meilleurs films des années 90. Si Scorsese place Horse Thief de Tian Zhuangzhuang en première place, The thin red line le suit de près grâce à son lent tempo : « La ligne rouge fonctionne de façon vraiment différente par rapport à la majorité des films. Quand on le regarde on se demande : Qu’est-ce que la narration dans les films ? Est-ce la totalité, et, si c’est le cas, n’y a-t-il qu’une façon de la mettre en oeuvre ? (…) Si Malick s’était contenté d’une narration directe, aurait-il pu réaliser le genre de poésie qu’il parvient à atteindre ici, ou faire un film qui montre vraiment le monde comme un espace vierge ? Je ne pense pas. » Scorsese explique ainsi que ce film a une réelle importance pour lui car « on peut y arriver en plein milieu et le regarder quand même. C’est comme une image infinie. Il n’a ni début ni fin. Les gens s’exclament qu’ils ont parfois du mal à distinguer à qui appartient la voix off. Ce n’est pas important. C’est la voix off de tout le monde ». (Vous pouvez retrouver toute l’interview ici.) 

Un film universel, culte, que vous pouvez retrouver dans les salles dès demain.