Dans ce roman, Sylvain Coher s’immisce dans la tête du coureur pour nous faire vivre sa course. On respire et on transpire avec Abebe Bikila, et ses pieds nus qui foulent le sol de Rome.

1960, Rome. Sur la ligne de départ du marathon des Jeux Olympiques, les coureurs sont alignés, et parmi eux le futur vainqueur Abebe Bikila, un jeune athlète éthiopien inconnu du public. Pourtant, c’est lui qui va gagner ce marathon, pieds nus et en battant le record. C’est dans sa tête que le lecteur est plongé, que le lecteur va suivre la course.

Une invitation à la lecture

En ouverture, l’auteur nous prodigue des conseils de lecture comme ceux d’un coach sportif. Pour nous emmener à la rencontre du coureur, Sylvain Coher nous invite à penser notre lecture comme un marathon. Avec cette introduction, il est facile de se plonger dans la tête de Abebe Bikila, pour courir avec lui ce marathon légendaire qui changera sa vie. « Avanti! Les départs sont toujours victorieux, seules les arrivées sont méprisables. Je mets ma vie entière à mes pieds et je cours en la prenant de vitesse ; en aucun cas je ne m’arrêterais pour que le mors me sorte des dents. »

Sylvain Coher devient alors « La Petite Voix », celle qui encourage Abebe Bikila, qui le guide tout au long du roman, qui nous raconte la course comme si nous étions les pieds nus du coureur. Avec une plume légère et rapide, l’auteur nous fait épouser la course et nous en fait ressentir le souffle jusqu’au dernier moment.

La lecture suit le marathon jusque dans les dernières foulées du coureur, jusqu’à la victoire. La force du roman se trouve dans l’accélération même de la lecture, la force qui nous pousse à suivre ce sprint final, retenir notre souffle et expirer très fort après la victoire.

La construction d’une légende

Abebe Bikila est un jeune coureur éthiopien, le premier à remporter un titre olympique. Engagé dans la garde impériale, il est repéré par Onni Niskanen, membre de la Croix Rouge qui devient son entraîneur et son mentor et qui l’accompagne à Rome pour le marathon. « J’ai simplement décidé de retirer mes chaussures parce que j’étais presque certain de mieux courir pieds nus – et non pas pour montrer au monde entier qu’un Africain n’a besoin de rien pour vaincre, comme on me le fera probablement dire plus tard.« 

Inconnu du public sur cette ligne de départ, un détail attire l’attention : ses pieds nus. Bikila qui s’entraîne toujours pieds nus et ne trouve pas de chaussures adaptées, il décide de cacher celles qu’on lui fournit et de prendre le départ pieds nus. Ce détail rend la lecture d’autant plus sensible que l’auteur utilise cette particularité pour faire ressentir au lecteur le relief du bitume sous les pieds de Bikila.

L’intensité de la course est palpable dans chaque page du roman, Bikila connait ses adversaires – Emil Zátopek, Abdeslam Radi – il les nomme et les suit, se met dans leur sillage pour conduire sa course.  Sylvain Coher nous détaille ses adversaires, leurs mouvements et leur course avec celle de Bikila, donnant ainsi d’autant plus de souffle à sa course. L’auteur intègre à sa narration des passages radiophoniques de commentaire sportif sur la course ajoutant de la tension au récit et un plus de réalité.

Un roman haletant sur un fait sportif légendaire, qui se dévore avec beaucoup de plaisir.

« Vaincre à Rome », Sylvain Coher, Editions Actes Sud, 176 pages, 18,50€