Dans son second roman, Isabelle Desesquelles nous plonge dans un drame familial et humain. Un récit qui nous emporte dans un voyage aux quatre coins du monde et aux quatre coins de l’âme.

Benjaminquejetaime et Julienquejetaime sont jumeaux, adorés de leur mère, leur trio est une bulle d’amour et de soleil. Mais tout va basculer le jour où Benjamin est enlevé par un homme lors de leurs vacances en Italie. Alors que fait Benjamin sur le banc des accusés 40 ans plus tard ? Isabelle Desesquelles signe un nouveau roman à la fois puissant et touchant.

Ce roman qui commence avec l’enfance pour se terminer à l’âge adulte, nous raconte les douleurs et les émois de Benjamin, narrateur et personnage principal. Un récit sur l’enfance, l’amour, les souvenirs mais aussi un récit sur la douleur et le traumatisme.

Le traumatisme

Benjamin est enlevé à l’âge de huit ans par celui qu’il appelle Le Gargouilleur. Pendant cinq ans, il va vivre sous son influence, dans sa maison et doit l’assister dans les enlèvements d’autres enfants. « Je lui ai donné un nom à l’autre. Étrangleur, zigouilleur, terreur, le grand monstre. une hideuserie. il est tout ça, le Gargouilleur. » Sous la coupe de son ravisseur, il va subir le pire des traitements, et ce sont ces années qu’il raconte à la barre sous les yeux de son jumeau, Julien. Mais comment ne pas perdre la réalité des choses quand on passe tant de temps sous influence ?

A la fois puissant et touchant, ce récit décrit la souffrance de l’enfance, passée loin de sa mère et de son autre moitié, Julien, mais aussi l’espoir, celui d’un jour pouvoir être sauvé. « Tous avaient entendu de ma bouche et de celle de ses deux autres victimes appelées à la barre le rituel maniaque suivi par notre violeur, l’exercice de la terreur. « 

Cet enlèvement nous emmène de l’Italie au Mexique mais aussi en France. C’est un voyage salvateur qu’engage le personnage de Benjamin, une course contre ses démons. Lorsqu’il est à la barre, Benjamin décrit ses aventures, où l’on comprend pourquoi c’est sur le banc des accusés qu’on le retrouve. Mais ce qu’on comprend aussi c’est le traumatisme de l’enfant et de l’adulte, qui doit apprendre à déceler le vrai du faux, reconnaître quand sa mémoire lui fait défaut. « Pour un enfant, la frontière est si mince entre son monde imaginaire et la réalité même la pire. » Entre la réalité, les voyages et l’onirisme du son récit, le personnage de Benjamin tente de se retrouver lui même. Sa thérapie, c’est son histoire, face à son frère Julien.

L’amour

« Une seconde, je chercherai maman derrière les vitres du Florian, j’aurai cet espoir fou qu’elle ait continué de m’y attendre, il n’y a que les pigeons qui soient restés. Au-delà du traumatisme de l’enfant, Isabelle Desesquelles écrit un roman d’amour familial. Enlevé, Benjamin n’aura d’espoir que pour retrouver sa famille. C’est en premier lieu l’amour de la mère qui est le moteur du roman, et s’entrelacent les souvenirs d’après et d’avant, quand il vivait encore auprès de sa mère et de son frère.

Puis c’est l’amour du Benjamin adulte qui intervient. Mais quel amour, quand on a été séquestré toute son enfance et après avoir vécu dans un environnement aussi toxique ? Ce que le récit nous décrit c’est le mal profond qu’entraînent le manque d’amour et le mal d’amour puis comment on reproduit ce malaise.

Isabelle Desesquelles crée le merveilleux personnage qu’est Benjamin, narrateur envoûtant, charmant mais aussi touchant. Roman sur l’identité, sur l’amour et sur l’indicible, UnPur rassemble un condensé de sentiments plus vrais que nature.

« UnPur », Isabelle Desesquelles, Editions Belfond, 224 pages, 18€