Dans Une vie en l’air, Philippe Vasset revient sur une passion qui le dévore depuis toujours : celle du projet d’aérotrain avorté dans sa région d’origine, la Beauce. A travers un récit très personnel, mais qui est avant tout l’histoire d’une relation fusionnelle avec un lieu, ce livre nous interroge sur notre rapport à l’espace.

Dans ce roman, Philippe Vasset explore l’étendue de « son » aérotrain, le lieu qui le hante depuis des décennies et qui représente la source de son entreprise littéraire. Ce projet futuriste abandonné en pleine construction, qui est aujourd’hui en ruine, est ressuscité et imaginé par l’auteur comme le vecteur de ses fantasmes et fictions intérieures.

Une passion spatiale

Ce qui est frappant à la lecture de ce livre, c’est la façon dont Vasset envisage la littérature, non pas comme un moyen classique d’écrire une fiction avec une histoire et des personnages, mais plutôt comme le réceptacle mental de sa vie imaginée sur l’aérotrain. 

Au fil des balades et des errances de l’auteur sur son chemin de béton en hauteur, on découvre par introspection un genre d’autobiographie, qui ne se résume pas seulement à la vie de l’auteur, dont on ne sait finalement que peu de choses. En dehors de cette exploration par Vasset de l’aérotrain, on ressent comme un dessèchement, un inintérêt pour la vie à terre.

A la manière d’une histoire d’amour traditionnelle, l’auteur est pris dans une relation d’attirance et de rejet de l’aérotrain, qu’il voit tantôt comme un espace libérateur où il peut enfin être lui-même et s’adonner à ses envies, tantôt comme une histoire un peu honteuse dont il doit cacher l’existence aux autres. A l’annonce du rachat des ruines de l’aérotrain par une société industrielle, l’idée de la séparation et de la douleur qui lui est associée apparaît comme évidente. Philippe Vasset semble alors écrire ce livre pour enfin s’approprier ce lieu de manière symbolique.

Une enquête sur un projet en ruines

Si l’auteur est journaliste dans la vie, on le ressent dans sa façon d’aborder la question : son enquête est méticuleuse, dans le but de comprendre les tenants et aboutissants du projet, de sa conception par l’ingénieur Jean Bertin, aux raisons politiques de l’échec industriel. A la lecture du roman, on sent la passion dévorante de l’auteur qui essaye tant bien que mal de recoller les morceaux de l’histoire de ce lieu, comme pour essayer de le sauver de la ruine. Ou en tout cas pour le maintenir en l’air, et que lui aussi puisse y rester.

Cette enquête dévoile la solitude de l’auteur, qui seul dans son monde imaginaire (pourtant bien ancré dans la réalité), doit sauver son vaisseau géant qui le transporte. L’engagement personnel de Vasset est tel qu’on aboutit à une scène tragi-comique où celui-ci essaye de faire des devis pour essayer de racheter lui-même l’aérotrain ! Difficile de ne pas être touché par l’attachement de cet homme à ce lieu, qui prend la forme d’un être cher qu’on essaye jalousement de garder pour soi.

Avec Une vie en l’air, Philippe Vasset signe un roman fabuleux sur l’espace et la construction de soi par rapport à celui-ci, dans une atemporalité parfaite entre passé et futurisme, mais toujours dans le présent de l’écriture, de son imagination et de ses rêves éveillés. Un roman important de cette rentrée littéraire, qui montre une façon de voyager, en dehors du temps, au-dessus des considérations terre à terre, dans l’air.

« Une vie en l’air », Philippe Vasset, Editions Fayard, 192 pages, 18€ – parution le 22 août 2018

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