A travers « Une vie de pierres chaudes », un roman habilement construit, Aurélie Razimbaud nous replonge dans les années 60 et les non-dits de l’Algérie française.

Alger, été 1965, c’est dans une grande maison blanche qu’un bal réunit une poignée d’expatriés restés après l’indépendance. Rose, dix-huit ans, a dansé toute la soirée. C’est sur un air de tango, à travers des flash-backs et des aller-retours qu’Aurélie Razimbaud nous renvoie dans l’Algérie française des années 60. L’histoire va et vient, entre 1958, en pleine guerre d’Algérie, et 1998, le soir de la finale de coupe du Monde.

« Souvent, à l’aube, Antoine et Rose dansaient encore, chemise ouverte sur un triangle de peau brune, cheveux défaits comme un jour de grand vent, et l’air transpirait de chaleur et d’alcool ». Ce premier roman s’ouvre, sur un bal à l’ambassade de France à Alger, aux côtés de Rose, cette jeune femme « douée » et « gracieuse ». Louis, Rose et leurs amis, profitent de cette jeunesse dorée d’expatriés français dans cette Algérie, tout juste proclamée indépendante. Les couples se forment, s’abandonnent, et Rose se laisse séduire par Louis. Il est beau, jeune, attentionné et ingénieur. On leur promet déjà un avenir radieux.

Un silence pesant

Mais les cassures apparaîtront bien assez vite. Mystérieux, peu causant, au caractère fort, Louis finira par se révéler au fur et à mesure de leur relation. Rose peine à comprendre, cette homme qui crie la nuit, et s’étouffe d’un même cauchemar récurrent. Après avoir été soldat en Algérie pendant la guerre, Louis gagne sa vie grâce au pétrole. En compagnie d’autres expatriées, Rose s’ennuie. Épouse au foyer, elle s’occupe de sa fille unique, Iris. Mais que cache Louis ? Seulement ses failles, ou est-ce davantage ?

« La guerre, non, la guerre n’a rien d’essentiel ; les choses essentielles sont le vent, le goût des pierres chaudes, le soleil, les ailes des oiseaux, les cris des enfants sur la plage ». Remontant le temps, Rose souffre aux côtés d’un héros hanté par une double vie et un passé qu’il n’oublie pas. Brisés, victimes d’un destin ou des rouages de la grande Histoire, les secrets explosent. La guerre d’Algérie semble avoir laissé des traces chez chacun d’eux. Sacrifice, tentative d’oubli, amour, faut-il oublier nos blessures et mener une « vie normale » ?

Finement tissé, tout en suspense, Aurélie Razimbaud nous interroge sur le poids de l’Histoire en faisant appel à nos émotions. Un beau premier roman.

« Une vie de pierres chaudes », Aurélie Razimbaud, Albin Michel, 237 pages, 18 euros

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr