Dans ce nouveau roman, François Bégaudeau dresse le portrait d’une famille dysfonctionnelle et détestable et pointe les travers de notre époque. Entre thriller et satire sociale, l’auteur livre un bel exercice de style, drôle et caustique.

L’enfer ce n’est pas les autres, mais la famille. Voilà ce que François Bégaudeau souhaite faire passer comme message avec son nouveau livre. Et c’est réussi !

L’enfer, c’est la famille !

Les Legendre passent leurs vacances d’été à Royan. Aussi bien classique et particulière, c’est une famille banale, de la classe aisée, qui ne cesse de parler de performance et de rentabilité. “Brune m’a rattrapé au rez-de-chaussée. J’ai sursauté. Qu’est ce qu’il y avait ? Il y avait qu’elle me confiait des yaourts à jeter en plus du carton de déchets. Justine qui les avait pris au Super U avait confondu le logo vert de la marque avec un label bio”

Tous semblent représenter le modèle familial bourgeois, incarnant la réussite sociale, hormis ce fils en classe de CE1 l’année prochaine qui refuse toujours d’apprendre à lire. Ici, les personnages sont obsédés par leur propre personne, leurs intérêts et leur envie d’écraser les autres. Le père, accro au running, n’accepte pas que son fils ne sache toujours pas lire. La mère, dans le contrôle permanent, gère toutes les crises tandis que la fille, surdouée et égocentrique, ne fait que rabaisser son frère.

“La famille nombreuse et bruyante ne séjournait sans doute pas à Royan. Elle était venue pour la journée et repartirait ce soir dans une voiture à moteur diesel. A moins d’avoir loué un studio sans terrasse ni même balcon en périphérie nord.” Ensemble, ils n’ont de cesse que de se pousser à bout, de se détruire, faisant vivre un effort aux autres, rendant les vacances cauchemardesques.

L’enlèvement

Avec un ton mordant et très souvent ironique, François Bégaudeau décrit un monde qu’il connaît bien. Il observe ses protagonistes se diviser, sous fond de disparition d’un fils de la haute société de la région. L’auteur pousse au maximum ses personnages et fait ressortir les mauvais travers de cette famille bourgeoise, bien pensante, moralisatrice et hyper connectée. Cet enlèvement, il ne faut pas en parler, il ne faut pas inquiéter Louis, le petit dernier. Chacun doit continuer son petit bout de vie, ce n’est pas “notre problème”.

Mais le portrait de cette famille n’est pas totalement à charge. A plusieurs moments, le lecteur se demande : y a-t-il quelque chose à sauver dans la famille Legendre ? A commencer par Emmanuel, le père qui semble parfois vouloir prendre du recul sur son besoin de performance, s’échapper du cadre pour pouvoir vivre intensément. “Pourquoi chercher ailleurs le bonheur qui s’offrait dans le quotidien?”

Écrit à la première personne, François Begaudeau réussit à rendre cette famille parfaitement réaliste et comique à la fois, en jouant complètement sur le second degré.

« Un enlèvement », François Bégaudeau, Editions Gallimard/Verticales, 192 pages, 18 euros