« Un crime sans importance » est une enquête policière, une histoire de famille mais aussi un cri du cœur de l’auteure pour enfin réussir à faire son deuil.

Un samedi après-midi, dans un pavillon d’une ville de banlieue parisienne entourée par l’autoroute et une zone commerciale, une vieille dame est agressée, elle meurt de ses blessures à l’hôpital après un coma.
La victime est la sœur de l’auteure, s’engage dans ce roman une bataille pour conjurer le silence. Un silence qui est à la fois celui de la justice mais aussi celui de sa famille, de cette relation pourtant si fusionnelle qui s’est enfui.

 Se battre contre le silence

Irène Frain ouvre son roman ses mots :  » J’ai entrepris d’écrire ce livre quatorze mois après le meurtre, quand le silence m’est devenu insupportable. »

Tout au début de ce récit nous donne l’impression que l’on va s’intéresser à un crime impuni d’une personne anonyme qui devient par conséquence sans importance, puisque personne ne semble vraiment vouloir rendre justice à cette vieille dame isolée et assassinée.

Détachée dans un premier temps de ce récit, lorsque l’on apprend que la victime est sa soeur, Irène Frain nous conduit avec elle dans les dédales de la justice. Alors elle décide d’écrire, pour consigner ses doutes, ses peurs, pour conjurer le silence que lui oppose la justice, sa famille, les policiers en charge de l’enquête.

« Maintenant que j’ai relu ces carnets, je m’aperçois qu’une intention secrète relie ces fragments disparates ou laissés en suspens : j’ai voulu tenir la chronique du silence. »

C’est celui de la justice qu’elle essaye de conjurer, ce procureur fantôme qu’elle nomme le Maitre du Silence. Un livre pour donner un nom, pour honorer la mémoire de sa sœur pour ne pas que cela devienne un crime sans importance.

Le silence familiale

Derrière ce meurtre se dévoile la relation entre l’auteure et sa sœur. Quand le récit s’ouvre, nous ne savons pas encore que nous avons affaire à la sœur de celle-ci, la narratrice écrit d’un ton détaché l’enterrement, elle écrit sur elle à la troisième personne du singulier jusqu’à se fondre dans le personnage pour se dévoiler peu à peu.

« Je suis la femme en manteau bleu-noir. Et la victime de l’impasse, c’est ma sœur. »

Avec cette révélation s’engage une double dynamique dans le récit, à la fois celle de vouloir briser le silence et en fond un secret de famille, une histoire terrible qu’on devine mais qu’on ne comprend pas tout de suite.

Irène Frain dresse un portrait sensible de cette sœur à laquelle elle semble très attachée qu’elle a pourtant perdue avant sa mort. On sent dans ces mots une blessure qu’elle cache et qu’elle se cache. Alors s’opère un basculement, elle raconte comment Denis a disparue de sa vie.

Au delà de la douleur de la mort, il y a aussi du regret et l’autre douleur, celle d’avoir perdu ce contact.

« Quand j’étais petite, et même longtemps après, cette sœur, pour moi, c’était une reine. »

Ce récit parle de silence et de famille. Un journal consigné avec tendresse et parfois froideur sur le système judiciaire mais aussi sur ce que l’on ressent lorsque l’on perd quelqu’un, sans réponse.

« Un crime sans importante », Irène Frain, Edition Seuil, 256 pages, 18 euros