Pour son premier roman, Beata Umubyeyi Mairesse s’attaque aux traumatismes familiaux provoqués par le génocide des Tutsis au Rwanda. C’est à travers trois voix, trois générations qu’elle revient sur la tragédie, qui a marqué le pays, sur ses conséquences, et surtout sur l’identité et la construction de soi.

Blanche et sa mère Immaculata sont deux rescapées du génocide tutsi. Elles ont vécu au pays, jusqu’au jour où la fille a fui la tragédie en 1994 pour se rendre à Bordeaux. Trois ans après le massacre, elle décide de revenir sur ses terres, de retourner dans son village d’enfance et de découvrir la vérité sur son histoire, mais surtout celle de son pays. « Que tu le veuilles ou non, cette histoire est aussi la mienne. Je lui fais une place dans ma vie, sans me l’approprier comme avait voulu le faire papa. J’ai décidé de m’y plonger, les yeux grands ouverts ». Mais cette quête n’est pas au goût de tout le monde. Il est venu le temps de la paix, des retrouvailles, de réparer les cicatrices sans faire ressurgir le passé. Et c’est sa mère qui détient la clé de ce passé. Rien n’y fait, elle se mure dans le mutisme.

Une quête identitaire

Dans ce premier roman, l’auteure mêle pleinement la quête des origines et la question de la transmission. Elle offre tout particulièrement une réflexion nécessaire sur l’identité métisse, pour tous ceux qui comme Blanche, se sont retrouvés à la frontière, entre Europe et Afrique. « Mais peut-être verras-tu en Samora, quand je te le présenterai, ce que j’ai tout de suite deviné, mon double, métis comme moi échoué sur les rives d’un fleuve d’hypocrisie, celle d’un siècle qui a vu des hommes aimer, une nuit, une vie, des femmes à leur exact opposé puis rentrer chez eux, inconscients ou niant les dommages collatéraux que leurs amours d’une nuit, d’une vie, pouvaient causer ». Qui sommes-nous réellement ? Comment peut-on se construire ? Blanc ou noir ? Français ou Rwandais ? Que reflètent leur peau, leur langue, leur prénom, donnés par amour ou choisi pour fuir ?

Tandis que l’une a construit sa vie en France, avec un mari et un enfant, l’autre est restée, s’est cachée et a survécu, mais à quel prix ? Comment peut-on se retrouver, pardonner, s’aimer de nouveau alors qu’un océan nous sépare ? Tous tes enfants dispersés est un roman de douleur, ravagé par des secrets qu’on espère finiront par tomber, guidé par la voix de deux femmes, résistantes, à la recherche d’un même chemin de réparation de leurs cœurs brisés. A travers les témoignages de trois générations d’une même famille, Beata Umubyeyi Mairesse signe un magnifique premier roman autour de l’identité, du pardon et de la construction de soi.

« Tous tes enfants dispersés », Beata Umubyeyi Mairesse, Edition Autrement, 256 pages, 18 euros