Objet littéraire, roman sur le deuil, long poème, ce récit de Camille de Toledo est tout ça à la fois. Un récit sur la perte d’un frère et le cheminement de pensée pour celui qui reste, ce frère qui reste.

Le frère du narrateur , Thésée, se suicide. Ses parents le suivent dans la mort à quelques mois d’intervalle. Ainsi, Thésée reste seul. Il décide de fuir sa ville de l’Ouest vers la ville de l’Est, laissant derrière lui ses personnages qui hantent sa vie pour en construire une nouvelle.

La douleur du deuil

Camille de Toledo signe un grand récit sur le deuil. Son écriture est à la fois très dure et très précise. Il dissèque ce deuil, met des mots, ses mots, sur la douleur de perdre soudainement toute sa famille. Son frère, puis ses deux parents qui meurent dans la foulée du suicide du premier. Le narrateur sous le nom de Thésée tente de trouver un sens à ces morts, en décortiquant la vie des uns et des autres. Il cherche à mettre des mots sur ces morts.

« Jérôme, mon frère, nous vivons dans des histoires qui nous débordent
mais pourquoi te tuer ? »

Cependant, lui-même le reconnaît, un peu par lâcheté et par peur, il décide de mettre des kilomètres avec ses morts. Ce récit est comme un cahier de pensée pour Thésée. Lui qui pense qu’en oubliant la terre qui les lie peut-être qu’il oubliera la douleur.

Un récit du survivant, vif et brûlant, c’est ce que nous propose Camille de Toledo. A l’instar des tragédies grecques, il nous conte celle de sa famille comme un grand mythe.

« elle dévoile une dimension souvent passée inaperçue de l’existence, celle d’une vie entrelacée où les êtres et leurs fragilités, par delà les années, sont noués les uns aux autres par les chocs que leurs corps ont enregistrés. »

La lignée mortelle

Pour sortir de cet été végétatif et démarrer sa vie nouvelle, Thésée se lance dans la découverte de la légende familiale. Se mélange alors à son récit celui des autres voix de sa famille. Il y a cette lettre de son arrière-grand-père, Talmai, à ce fils qu’il a perdu. Il y a ses parents dont il déroule la vie. Il y a ce frère ainé Jérôme qu’il tente de comprendre post-mortem.

« commences-tu à comprendre comment les corps s’imbriquent
vie après vie »

Ce livre est comme un carnet intime. Ce sont des strophes puis des vers qui se succèdent. Le narrateur insère des photos dans les pages. Des photos volontairement floues ou tronquées, comme pour exprimer ses propres troubles.

« je fouille le passé pour retrouver des preuves de mon existence et aussi pour guérir mais qui tue celui qui décide de mourir ? et celui qui survit, c’est pour raconter quelle histoire ? »

Trés beau récit, violent et intense sur le deuil et les rapports familiaux.

« Thésée, sa vie nouvelle », Camille de Toledo, Editions Verdier, 256 pages, 18,50€