Dans son premier roman, Abel Quentin nous raconte l’histoire de Jenny Marchand, cette jeune adolescente qui va basculer dans l’islam radical, devenir cette autre, cette soeur.

Jenny Marchand est une jeune adolescente mal dans sa peau, qui n’a d’autre passion que Harry Potter. Elle n’a pas d’amis, pas de petit ami, elle n’est pas non plus très appréciée à l’école. Et puis, elle va faire la connaissance de Dounia, sur un forum, et sa vie va alors basculer.

Comment être adolescente

Récit choc, c’est aussi un roman sur l’adolescence et le mal-être de cet âge. Jenny est une adolescente comme tout le monde, même si elle traine son mal-être un peu partout dans son petit village. Elle vient d’une famille sans histoire, plutôt aimante mais elle est seule. C’est cette solitude et ce mal-être qui vont la faire basculer.

Abel Quentin montre très bien dans ce roman les mécanismes d’endoctrinement. Brutal et en même temps d’une précision impeccable, on observe dans chaque paragraphe la montée en puissance de ces théories sur le personnage principal. « On saisit une arme et les cartes sont rebattues d’un coup, l’amour propre restauré en une seconde, les événements cessent de vous échapper, votre sujet enfin maîtrisé. »

Derrière la radicalisation de la jeune fille, l’auteur nous montre aussi comment toutes ses croyances déprécient la religion. « Jenny puise dans la haine un peu d’énergie vitale : elle n’a pas quinze ans que l’idée de meurtre lui a déjà traversé l’esprit. »

Toile de fond politique

Abel Quentin nous livre des causes politiques en fond du roman. Il nous conte les remous du pays après l’élection, les attentats et les batailles politiques stériles. Saint Maxens est un président vieillissant, épuisé par la vie politique, laissant sa place à un jeune président prêt à tout. Cette analyse politique ne peut que nous rappeler la société dans laquelle on vit.

Ce que cherche à montrer Quentin avec ce climat politique, ce sont les raisons sociétales qui mènent les jeunes gens aux radicalismes. « Le mutisme de Jenny n’arrange rien : elle a monté au fil des ans, dans le secret de ses pensées, un dossier à charge sans jamais le soumettre au contradictoire. »

Un premier roman réussi, un choc intense qui reflète les problèmes actuels.

« Soeur », Abel Quentin, Editions de l’Observatoire, 256 pages