Guillaume Lavenant signe un premier roman puissant sur l’arrivée d’une gouvernante mystérieuse venue semer le trouble au sein d’une famille à l’apparence idéale et sans histoires.

Dans une jolie banlieue, au sein d’une famille bourgeoise, père, mère et enfants voient leur quotidien chamboulé dès l’arrivée d’une gouvernante. Professionnelle, discrète, charmante, la jeune femme est en réalité au service d’une organisation secrète, pour laquelle elle suit une mission à la lettre.

Exécution minutieuse

Ecrit au futur et à la seconde personne du pluriel, Protocole Gouvernante reproduit sans le moindre écart la lettre de mission en question. « Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée ». Tout semble être dicté à la minute près : l’action, la réaction des personnages, les défaillances, les rebondissements, les doutes. Un seul objectif : devenir indispensable à la famille. Sans le moindre écart, elle saura devenir la confidente et l’objet de désir de ce couple idéal. « Ils entameront le repas. Ils enfourneront les premières bouchées. Ils fronceront les sourcils. Ils hocheront la tête. Demanderont ce que c’est. Vous ne répondrez pas tout de suite. Ils seront négativement surpris. Ils n’ont pas l’habitude de ce goût un peu fort. Vous direz du cerf. »

La narration nous permet de comprendre que tout est programmé, que la jeune femme respecte ce protocole intriguant, voire même inquiétant. Quel est l’objectif de son passage dans la famille ? Il règne une atmosphère de drame, son rôle n’est pas facile mais tout réside dans le bon déroulement du protocole. Dans ce petit livret qu’elle cache et ne quitte plus même lors de ses déplacements, tout est écrit. Les personnages sont manipulés, deviennent des marionnettes et, perdus, se raccrochent à la gouvernante.

Un quotidien sous tensions

Petit à petit, le protocole se dévoile, s’exécute et on découvre une véritable machine de guerre, une entreprise organisée, en bande et avec minutie. « Le symbole que Strand avait choisi comme signe pour nous tous, le symbole que Lewis avait laissé Strand choisir, à Strand les symboles, à Lewis le reste, avaient conclu certains d’entre nous, Lewis qui avait lutté, mais, Strand étant Strand, il avait fallu composer ». Et elle n’est pas seule, ils sont plusieurs à s’être infiltrés à divers endroits de la société. Quelque chose de prépare, et tous suivent le même protocole. Alors que le danger grandit, la tension se fait ressentir, jusqu’au moment fatidique.

Aucune importante de nous préciser le nom du pays, de la ville, puisqu’ici il s’agit d’une révolution, d’un combat possible dans le monde, infiltrant une société critiquée, trop standardisée, normalisée de part ses actions et ses habitants. Selon le protocole, il est possible de prédire le futur de toutes ces familles, en échangeant les personnalités, les noms et les lieux, sans même citer d’époque.

Entre fiction et roman psychologique redoutable, Guillaume Lavenant offre un premier roman audacieux, manipulateur dans une société parfois trop lisse, trop prévisible.

« Protocole gouvernante », un livre de Guillaume Lavenant, Edition Rivages, 176 pages, 18,50 euros