Un huis clos dans une allée pavillonnaire en banlieue, des voisins aux attitudes étranges, un couple pour qui cette maison aurait dû être un renouveau, des secrets et des non-dits… Voici la recette du nouveau roman de Julia Deck.

Les époux Caradec décident de quitter Paris pour acheter une maison en banlieue, une maison toute neuve, dans une allée, qui présente toutes les commodités écologiques. Mais arrivent des nouveaux voisins : les Lecoq. Et la vie des Caradec va changer. Que leur veulent-ils ? Quel secret cachent-ils ? Jusqu’où les brouilles de voisinage peuvent-elles aller ?

La propriété, à quel prix ?

La question sous jacente de ce roman pourrait être ce vieil adage « Connaît-on vraiment nos voisins ? ». Dans cette allée, huit maisons, huit couples dont les Caradec, la narratrice, Eva, et son mari Charles, qui après des années dans un appartement parisien, accèdent à la propriété privée avec ce pavillon de banlieue cossue.

« Soucieux de notre empreinte environnementale, nous voulions une construction peu énergivore, bâtie en beaux matériaux durables. Nous avons vite trouvé notre bonheur. Aux confins de la ville se tramaient des écoquartiers. Après quelques trajets en taxi, notre choix s’est arrêté sur une petite commune en plein essor. Elle était desservie par le RER, et les promoteurs nous faisaient miroiter l’extension à brève échéance du métro parisien. « 

En apparence, un couple uni. Pourtant Charles, dépressif et toujours sur le point d’éclater et la narratrice, urbaniste qui travaille à la maison, vont faire face aux disputes de voisinage avec l’arrivée de leurs nouveaux voisins, les Lecoq.

Dans un huis-clos parfaitement maitrisé, Julia Deck nous conduit par la voix de la narratrice dans les méandres des relations de voisinage. Que cachent les Lecoq, derrière leurs apparences de couple parfait ? Que reprochent-t-ils aux Caradec ? La narratrice nous invite à la suivre dans sa quête de tranquillité face à ces voisins qui s’infiltrent un peu trop dans leur vie. Celle-ci se retrouve enfermée et piégée avec ses voisins dans cette impasse. Rongée par cette atmosphère, la narratrice semble peu à peu perdre le contrôle des événements, avec son mari puis avec ses voisins.

Caché sous les traits d’un thriller – qui a tué le chat des Lecoq ? – c’est aussi une critique de la société contemporaine, des relations qu’on entretient avec les autres que nous livre Julia Deck avec ce roman.

« Non, ce n’était pas chez eux qu’on trouverait le tueur de chat. Il fallait plutôt chercher le long des voies rapides, vers les habitations à loyer modéré. On y voyait les choses les plus étranges tomber des balcons, a certifié Alban Durand- Dubreuil, qui ne devait pas souvent traîner près des grands ensembles. Oui, des frigos, des gazinières, il en pleuvait au bord de l’autoroute, c’est dire si ces gens étaient capables de s’en prendre aux animaux. « 

L’enfer, c’est les autres

Derrière les jolies façades des maisons de cette impasse se jouent les drames du quotidien, mais à l’extérieur il faut maintenir les apparences. Alors, puisqu’il faut paraitre le plus épanoui et le plus heureux lors des fêtes de quartier, les couples de l’impasse s’adonnent tous au jeu des apparences, dont même les Caradec sont complices. Cependant, lorsque les volets sont tirés, les masques tombent et les confessions entre voisins y vont de bon train : Eva et Cécile Taupin, la voisine, en sont les principales protagonistes, que font les Lecoq pour être toujours aussi bruyants chez eux, où a donc disparu le chien après la mort du chat ?

C’est aussi un roman qui parle des relations sociales au sein de sa propre maison et pas seulement de celle des autres : le couple Caradec doit faire face à ses propres problèmes au sein de son nouveau foyer.

Une critique de la société, tout autant que de nos relations avec les autres, cachée sous les traits d’un thriller, à retrouver dans ce roman de Julia Deck.

« Propriété Privée », Julia Deck, Edition Minuit, 176 pages, 16 euros