Dans ce second titre, Audoin-Rouzeau nous entraîne au cœur d’une course poursuite dans un Paris post-apocalyptique, éloigné, et pourtant proche de notre époque. Entre anticipation et violence primitive de la nature humaine, Ouvre ton aile au vent interroge sur notre bestialité et dénonce la barbarie.

Suite à une pandémie mondiale, la mise à mort de l’animal maudit, le canard, est célébrée partout dans le monde et selon des rituels différents. A Paris, cette cérémonie prend des airs de carnaval et de grande fête. Les habitants sont invités à participer et une récompense est offerte au vainqueur. Cependant, cette année, la chasse au canard ne se passe pas comme prévue.

Les jeux sont ouverts

Année 2050, le monde a frôlé l’extinction lors des « évènements » : une pandémie causée par un virus ayant infecté le canard, puis toutes formes de vie: « Les évènements, telle était l’expression fuyante qui contenait tout et ne disait rien – rien de l’effroyable pandémie qui avait pris naissance en Irlande avant de s’abattre sur le monde. (…) Une espèce en particulier avait été élue coupable : le canard, car l’épidémie avait, semble-t-il, débuté au sein d’un grand élevage de canards de Barbarie, dans le comté de Cork, au sud de l’Irlande. »

Depuis, chaque année, a lieu dans Paris une chasse au canard, lâché depuis la Tour d’Argent. Le peuple a alors l’après-midi pour le capturer et le ramener vivant afin qu’il soit cuisiné et dégusté. L’heureux chasseur remportera alors une somme conséquente et aura le privilège de manger avec le président. Cette chasse réveille la barbarie des habitants. Ils sont prêts à tout pour capturer l’animal. A chaque passage de l’oiseau, la foule se déchaîne, et la panique et la rage explosent.

Seul contre tous

Le voyage de l’oiseau est commenté en direct et suivi par un drone. Au-delà d’être une chasse, c’est un véritable divertissement qui se déroule et la capture du canard ainsi que sa mise à mort doivent être le clou du spectacle, et ce, avant la soirée. Mais cette année, les habitants ont affaire à un oiseau bien coriace. Impossible de mettre la main dessus, il s’échappe dès qu’on pense l’avoir capturé. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent. De rue en rue, le volatile se confronte aux habitants. On a les portraits d’une galerie de personnages haut en couleurs. Des personnages aux destins brisés par « les évènements », singuliers et mis en marge des autres citoyens : « Les hommes de la première ligne atteignirent Vadim, le plaquèrent au sol à l’endroit même où se trouvait l’oiseau, le rouèrent de coups, puis l’abandonnèrent. Quelques rires se firent entendre. Des rires capables du pire. La Chasse reprenait. »

Notre héros, quant à lui, regarde cette chasse d’un œil curieux. Il y a bien longtemps que cette cérémonie l’a lassé. Pourtant, cette année, le destin en a décidé autrement.

Ouvre ton aile au vent est aussi un roman défendant la résistance et dénonçant la cruauté des hommes. Son aspect de roman d’anticipation et, en même temps, proche de notre actualité lui apporte une dimension très réelle.

« Ouvre ton aile au vent », Éloi Audoin-Rouzeau, Phébus, 144 pages, 16 euros.