Après Le Chagrin ou L’Absente, voici le roman de la réconciliation. Dans sa maison qu’il chérit tant, Paul Dunoyer – double littéraire de l’auteur – reçoit ses dix frères et soeurs pour mettre fin à cette rupture familiale survenue lors de la publication de son premier livre.

Plus de trente ans après la publication de son roman Priez pour nous, dans lequel Lionel Duroy raconte son histoire familiale, une famille déchirée et déclassée, voici venu le temps de faire la paix. A l’époque, son père Théophile, dit « Toto », enchaînait les petits boulots, fuyant les huissiers en déménageant. Les notes d’électricité s’entassaient, et quand le frigo tombe en panne, rien ne va plus. A ses côtés, son épouse, qui rêvait d’une vie paisible dans les beaux quartiers, tombe de haut. Insatisfaite, malheureuse, dépressive, elle fera vivre l’enfer à son mari et à leurs dix enfants. « J’ai organisé ma vie autour de l’écriture de mes livres, je peux dire aujourd’hui que je suis fait de mes livres, qu’ils m’ont construit, qu’ils m’ont sauvé ».

Mais ses frères et soeurs ne l’ont pas supporté, et cela fait plus de trente ans qu’ils ne se sont plus parlé. Mais voilà venu le temps de la réconciliation. Il décide de les réunir à déjeuner, frères et soeurs – sauf Frédéric, le frère aîné qui n’est pas prêt à pardonner – enfants, petits-enfants et ses deux ex-épouses pour des retrouvailles extraordinaires.

Le temps des pardons

En les invitant, il invoque le pardon et l’âge avançant, réalise qu’il ne connaît que très peu – voire pas du tout – ses neveux et nièces. Avec ce déjeuner, il veut réparer cette erreur et fait un pas vers la réconciliation. « L’écriture a ce pouvoir, comme le rêve, de ranimer des sentiments qu’on croyait éteints, au point de nous tirer des larmes, parfois, et même de nous pousser à des gestes inconsidérés comme de rappeler telle ou telle personne dans la minute, ou encore de lui écrire une lettre enflammée. »

Petite trahison, chagrin, four rire, angoisses… Même si les blessures de l’enfance sont encore trop à vif, chacun s’efforce de trouver les mots justes. On se remémore les meilleurs comme les pires moments de l’enfance. Mais alors que certains se dirigent vers le chemin de la guérison, pour d’autres, l’enfance reste un souvenir bien caché. « Quand on vous écoute, on comprend que vous n’êtes pas encore guéris de votre enfance. Alors que vous êtes tous parents et même grands-parents pour certains, vous en êtes encore à vous questionner sur votre identité, comme des adolescents ».

Dans ce roman, comme dans les précédents, Lionel Duroy se confond avec son personnage principal et reconstitue le parcours d’une homme pour qui l’écriture soulage. Au fil des pages, même après avoir été séparé des siens, il ne cesse de justifier ses écrits. « Je la raconte (notre enfance) avec colère, mais je n’éprouve pas le moindre sentiment de honte. Et même, d’une certaine façon j’en suis fier, je la revendique comme une guerre déloyale qui nous a été livrée et dont nous avons su nous sortir ». Direct et cru, ne ménageant que très peu les mots de ses frères et soeurs, Lionel Duroy signe un livre plein d’humanité dans lequel il souligne avec brio l’importance de la famille, des liens fraternels et la nécessité de s’affirmer en tant que soi.

« Nous étions nés pour être heureux », Lionel Duroy, Edition Julliard, 240 pages, 20 euros