Le journaliste reporter en Afrique Christophe Naigeon nous promène entre 1918 et 1980, sur les pas de Jules Canot, un joueur de percussions dont le destin se mêle à l’Histoire. Mamba Point Blues est le récit d’un musicien qui découvre que ses origines sont liées à la naissance d’un pays africain : le Libéria.

À 20 ans, Jules Canot, interprète sénégalais dans le régiment Noir Américain des Harlem Hellfighters, est dans un petit village alsacien lorsque l’armistice du 11 novembre 1918 est signée. Plus précisément, il est chez Sigrid Zacher et son mari Hermann, que la guerre a réduit à l’état végétatif. Alors que les musiciens des Hellfighters célèbrent en musique la fin de ces années noires, Sigrid devient le grand amour de Jules. Amour impossible entre une blonde et un noir. 

« Sigrid mon amour,
J’ai sauté dans le pays imaginaire. Comme les explorateurs remontent le Nil jusqu’à ses sources, j’au pu faire le chemin à rebours vers les origines de cette musique. »

Quand la musique fait de la politique

Au bout d’une semaine, Jules doit quitter le village alsacien et décide de retourner chez lui, sur l’île de Gorée, au large du Sénégal. Alors que le souvenir de ses nuits avec Sigrid est toujours aussi vif, il décide de rejoindre ses compagnons de guerre aux Etats-Unis, pour former une jazz band et partir en tournée. Pendant plusieurs mois, il surfe sur la vague de Rowing Twenties, et découvre la violence du racisme du sud des Etats-Unis.

A quelques centaines de kilomètres de là, Diane, une infirmière à Harlem, apprend que sa grand-mère est en possession d’une malle pleine des affaires de son arrièr-grand-père, Julius Washington, l’un des fondateurs du Libéria. Elle découvre l’histoire de ce pays, fondé par les anciens esclaves Noirs-Américains renvoyés sur leur continent aux lendemains de l’abolition de l’esclavage. Une histoire méconnue pleine de violence. 

« et surtout, ils ont réalisé que ces indigènes étaient ceux-là même qui avaient vendu leurs ancêtres aux négriers blancs. (…) De toute manière, depuis des générations, il n’avaient appris qu’une chose : tu es le maitre ou tu es l’esclave. Ils ne seraient plus jamais esclaves. Alors ? »

Une course à travers les continents

De toute évidence, Christophe Naigeon est un grand connaisseur de l’histoire de l’Afrique et du Jazz. Le récit est extrêmement bien documenté, et les informations sont très fines. La façon dont il s’est approprié les personnages mythiques de Joséphine Baker et Graham Greene témoigne de son amour pour ces grandes figures du siècle dernier. Sa profession de grand reporter et documentariste y est sans doute pour beaucoup dans la précision des références culturelles et historiques apportées au récit, ce qui lui permet de mêler la petite histoire à la grande de manière très agile.

Pourtant, le récit manque de tenue et de concision, les chapitres sont trop nombreux, et les personnages aussi. Trop souvent, l’histoire s’éparpille un peu. Puisque les personnages mènent tous leur enquête de leur côté de l’Atlantique, l’auteur est contraint d’écrire leur progression les unes après les autres, ce qui donne lieu à quelques répétitions et tentatives de résumés maladroites. De plus, malgré le choix d’une écriture vive et chaleureuse pleine de dialogues, celle-ci manque trop souvent de naturel et est parfois relativement pénible à lire.  

Le roman Mamba Point Blues est l’occasion de découvertes historiques fascinantes et de rencontres avec des grands personnages, mais malheureusement maladroitement construites et écrites.

« Mamba Point Blues », Christophe Naigeon, Editions Les Presses de la Cité, 544 pages, 21€