Avec Louvre, Josselin Guillois nous transporte à l’automne 1939 aux côtés de Jacques Jaujard, alors directeur du Louvre tentant de protéger les œuvres d’art de la guerre.

Paris, septembre 1939. Ces trois femmes ont un point commun : entre 1939 et l’hiver 1942, elles tiennent un journal intime et chacune d’elles a une obsession. L’une veut un enfant. L’autre regarde ses seins pousser. La dernière est comédienne et vient de se faire avorter. Ces trois femmes sont toutes liées, à partie, avec un homme : Jacques Jaujard. Marcelle, Carmen, Jeanne, chacune à sa manière joue son rôle dans le déménagement des collections du plus grand musée d’Europe.

Sur fond de visite guidée, Josselin Guillois propose une ballade artistique singulière, avec comme point de départ un moment de notre Histoire encore aujourd’hui trop peu raconté : le Louvre durant l’Occupation. « Il va fermer demain le Louvre, pour une durée indéterminée. Il a commencé d’édifier devant les portes de la rue de Rivoli des protections de sacs de sable hautes de 8 mètres. Il a fait vérifier la sécurité des deux abris antiaériens. » Devant l’avancée des troupes du Reich, le directeur du musée du Louvre se décide à faire déménager les collections du musée pour les mettre à l’abri car la France entre en guerre contre l’Allemagne. La Joconde, la Vénus de Milo, les peintures de Rubens, les bijoux des pharaons… Tous seront chargés dans l’urgence pour quitter Paris dans des camions à cochons, roulant vers des châteaux lointains pour être en sécurité.

Portraits de femme

Avec Louvre, Josselin Guillois se loge dans la tête et le corps de ces femmes. Dans ce premier roman, l’auteur ne se contente pas seulement d’écrire une sorte de Secrets d’histoire pour la rentrée littéraire. Avec précision, on part à la découverte de la condition féminine de l’époque, à travers les portraits de ces trois femmes, différentes de par leurs âges et leurs conditions.

Il y aura Marcelle, qui tente désespérément de tomber enceinte, malgré l’ambiance chaotique dans Paris. Mais on retrouve Jeanne aussi, actrice et résistante, qui a avorté clandestinement, ressentant encore les blessures de cet acte dans sa chair. Et la plus jeune, Carmen, une adolescente qui attend avec impatiente ses premières règles, pour – comme toutes – devenir une femme. « Aujourd’hui, je comprends une chose : si mon corps s’est résolu à pousser vite, ce n’est pas pour rien, c’est un signal, j’étais gourde de pas le voir. Allons ! L’avenir de la France se joue là, je le sens. Si j’ai mes premières règles avant mon anniversaire, la France gagnera la guerre. Si mes règles arrivent après le 14 juin, l’Allemagne gagnera, c’est simple. »

Ces femmes, elles sont les principales héroïnes du livre, celles qui nous font exister. Chaque femme, à travers son journal intime se livre, crûment, sans tabou et sans peurs. Elles se racontent tantôt embellies tantôt saccagées, amenant toujours un parallèle à certaines œuvres qu’on tente de cacher à tout prix.

Porté par son écriture sensible et précise, Josselin Guillois réussit à nous transporter à une époque, celle de l’invasion allemande, qu’on aimerait parfois vite oublier. Séduit par l’incroyable volonté de Jacques Jaujard de mettre en sécurité les œuvres du Louvre, l’auteur signe un roman palpitant !

« Louvre », Josselin Guillois, Edition Seuil, 256 pages, 18 euros