Elu Prix Goncourt 2017, Eric Vuillard n’en est pas à son coup d’essai. Largement récompensé pour ses premiers romans, l’auteur nous fait découvrir un nouveau récit riche des particularités dont il a le secret.

Récit construit en courts chapitres, Vuillard revient sur l’invasion de l’Autriche en commentant des évènements oubliés ou peu connus qui ont conduit à l’Anschluss le 12 mars 1938. Composé de 16 chapitres, chacun décrit quelques heures ou quelques minutes qui sont constitutives de cet acte qui changera la face du monde de manière irrévocable.

« Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas ».D’une réunion des grands industriels allemands pour remplir les caisses du parti à la parade d’Hitler dans les rues de Vienne, sans oublier les négociations avec les dirigeants autrichiens, Vuillard nous raconte comment ces petits fragments d’histoire ont pu conduire à un tel événement.

Un prix Goncourt

Son écriture est simple et concise, aucun effet de drame ajouté aux faits qui parlent d’eux même. Construit sur des allers-retours entre le moment des discussions, puis le procès de Nuremberg, il nous raconte ces réunions à huis clos entre les dirigeants du parti nazi ou bien les inquiétudes du gouvernement autrichien face à la menace. Il décrit des faits grâce à une écriture sèche qui font advenir d’évènements historiques une grande beauté littéraire.

Un roman historique mais pourtant emprunt d’éléments poétiques qui imagine la rencontre des l’histoire avec des artistes. Il fait vivre aux côtés de ces infâmes personnages, des artistes comme Louis Soutter, peintre génie anonyme, ou bien Günther Anders, l’intellectuel allemand, mis aux coudes à coudes comme pour rappeler la nature humaine de ces hommes. La musique ou le tennis sont mis en exergue par ces cadres nazis tels que Ribbentrop ou Seyss-Inquart, personnages peu connus mais qui ont contribués à l’invasion.

La poésie aux côtés de la guerre

Si l’on a présenté l’Anschluss comme une victoire du parti nazi sur le voisin autrichien, Eric Vuillard s’efforce de montrer que c’est avant tout une supercherie. Les évènements racontés dans son roman montrent à quel point les Nazis ont eu du mal à réussir ce coup. Ce n’est pas, comme on a pu nous le faire comprendre, une victoire pour Hitler mais un lent processus semé d’embuches qui aurait pu n’être qu’un échec. Des mauvaises négociations à la panne générale des chars aux frontières autrichiennes, cette aventure est loin d’avoir été un long fleuve tranquille pour Hitler.

Ce roman raconte comment des événements mineurs, oubliés ou inconnus, ont conduit à une catastrophe historique.

*Pour les amoureux de bonnes librairies, ce roman est dédicacé à Laurent Evrard, gérant de la librairie Le Livre à Tours.

L’ordre du jour, Eric Vuillard, Actes Sud, 16 euros

 

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