Alice Ferney maîtrise à la perfection les portraits, et dans ce nouveau roman elle démontre une fois de plus son talent. Elle donne la voix à trois femmes, aux avis tranchés et aux parcours différents. 

Ada et Alexandre vivent heureux et amoureux, architectes tous deux, beaux et brillants, l’avenir leur sourit. Cependant un drame va séparer les époux. Alexandre s’en remet ainsi à son amie et voisine, Sandra afin de surmonter cet événement. Intervient alors Alba… la troisième femme de ce roman.

Ada, Sandra et Alba sont les trois femmes au cœur du roman. Ada est la mère, Sandra la libraire féministe puis vient Alba, la professeure de lettres ambitieuse. Toutes trois évoluent sous le regard d’Alexandre, l’ami, l’époux et l’amant.

La féminité

Ce sont trois portraits de femme, chacune avec ses forces, ses convictions et ses doutes. Ada est la figure maternelle de ce roman, celle qui voue littéralement sa vie à son enfant. C’est aussi une figure tutélaire absente. Ada perd la vie lors de son accouchement, un fait trop rare qu’on oublie qu’il existe encore dans les années 2000. Cependant, c’est ce drame que traverse la famille d’Alexandre, Nicolas et Sophie, le bébé qui survit à sa mère. Ada est l’idéal.

« Ils partaient accueillir leur enfant, sans hâte, avec une gravité heureuse, un mélange de sérieux, de peur et de confiance, au début de cette première phase qui lentement ouvre une issue dans le corps maternel. »

Sandra est une célibataire endurcie par conviction. Libraire et féministe, Sandra ne croit ni au couple ni à la maternité, cependant elle adore Alexandre et ses enfants. Lorsqu’il s’en remet à elle après la mort d’Ada, des conversations profondes adviennent entre les deux personnages, justement autour de la maternité et de la vie de Sandra. Puis Alba, la nouvelle compagne, cette femme qu’Alexandre rencontre sur internet. Alba désire être mère. C’est son ambition qui clot le livre, une ambition est un combat.

Trois portraits intimes et tendres, trois façons d’être une femme au XXème siècle. Le roman s’articule autour de tranches de vie des personnages mais surtout autour des conversations des trois personnages, ensemble.

La maternité

Alice Ferney signe un grand roman sur la maternité. La figure d’Ada qui nous montre que cette événement qu’on encense et qu’on vénère est un aussi un danger pour les femmes, presqu’autant qu’un miracle ou bien heureux événement. On oublie toujours, surtout de nos jours, qu’une grossesse peut être dangereuse. Par ce malheur, c’est aussi le début de la vie de Sophie qui bascule, une vie sans mère.

La maternité de Sandra c’est celle qu’elle refuse. Alice Ferney affirme dans son roman qu’on peut être une femme et ne pas vouloir d’enfant. Un discours qu’on entend trop peu, encore maintenant mais qui est mis à l’honneur dans son roman. Sandra fait la part belle aux femmes qui ne veulent pas d’enfant.

« L’utérus est l’ennemi numéro un de l’égalité, l’organe sexiste par excellence, il faudrait ne pas s’en servir, avait écrit Sandra dans un article provocateur. On naît femme, mais on peut ne pas le devenir. »

Avec Alba, c’est la grande question de la GPA qui est abordée mais aussi l’envie d’avoir un enfant sans le porter soi-même. Sous les yeux et l’avis, peut-être trop prononcé, d’Alexandre, Alba se lance dans un combat pour la GPA. « Plutôt le viol à la douce, entre époux amoureux, que le viol technique. Tout plutôt que le viol technique ! »

Parfois pour, parfois contre, le roman nous donne à réfléchir sur la GPA. « Alba était parfaitement à l’aise, connaissait tout le processus, s’y voyait déjà. […]  Ce qui autrefois aurait été impossible et inconcevable était à portée de sa main. « 

Un grand roman sur les femmes, sur la féminité et sur la maternité, c’est ce qui compose ce nouveau livre signé par Alice Ferney. Des conversations intimes qui nous plongent dans des réflexions philosophiques avec les personnages.

alice ferney l'intimité

« L’Intimité », Alice Ferney, Editions Actes Sud, 368 pages, 22€

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