Pour son premier roman, Le bal des folles, Victoria Mas pousse les portes de la Salpêtrière, un monde inconnu et mystérieux, et interroge la société autour de la folie, des libertés et des femmes.

Paris, mars 1885. Louise est une aliénée, elle est enfermée depuis trois ans à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, dans le 13ème arrondissement de Paris. A la suite d’un viol, la jeune femme s’est mise à faire des crises d’hystérie. Bien connue de l’hôpital, elle est l’une des patientes préférées du professeur Charcot, célèbre neurologue et chef de service. Toutes les semaines, le médecin opère sur la jeune fille d’incroyables séances d’hypnose pour animer ses cours publics. Mais il y a un événement que personne ne raterait pour rien au monde, c’est le bal de la mi-carême, surnommé « le bal des folles ». Le tout Paris se rend à la Salpêtrière pour voir valser ces folles et s’en amuser.

Alors que Louise se prépare à la fête, de son côté, Eugénie Cléry, une jeune fille de bonne famille parisienne rêve de quitter sa famille à qui elle cache un lourd secret : elle parle avec les morts. Un don qui lui vaudrait un aller simple pour la Pitié Salpêtrière.

Des femmes fortes

Dans cet hôpital, Jean-Martin Charcot dirige son service de neurologie d’une main de maitre. Ses patientes, toutes des femmes, hystériques ou épileptiques s’ennuient à mourir. « Entre l’asile et la prison, on mettait à la Salpêtrière ce que Paris ne savait pas gérer : les malades et les femmes ». Dans ses immenses dortoirs qu’elles partagent, elles n’attendent qu’une chose : être le cobaye sur lequel le professeur présentera ses nouvelles expériences.

Mais un événement majeur viendra les distraire. Durant des jours, ces femmes vont se préparer pour leur seule distraction de l’année, sans vraiment comprendre le véritable enjeu pour les médecins, et qu’elles sont la principale attraction de la soirée. « Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. »

Eugénie, Louise, Madame Geneviève… Elles sont toutes ces femmes, qui habitent majestueusement ce premier roman de Victoria Mas. Attachantes, elles sont le reflet de la société de l’époque, trop souvent oppressées, osant parfois un mot trop haut. A tour de rôle, grâce à un narrateur externe, on découvre les nombreuses convictions mais aussi les doutes de ces filles, pas si folles.

Grâce à la plume de l’auteure et un scénario bien ficelé, on frémit au rythme des mésaventures des personnages. Le contexte historique est très peu présent, contenu, comme étant un simple décor au service du roman. Un beau premier roman à lire d’une traite !

« Le bal des folles », Victoria Mas, Edition Albin Michel, 256 pages, 18,90 euros